Pour fêter 50 ans de James Bond au cinéma, le réalisateur Sam Mendes signe un film aussi brutal que les précédents, mais empreint de nostalgie. Skyfall, c’est un Bond simple, mais particulièrement efficace. Sans doute le meilleur opus de ces 20 dernières années.
L’agent 007 est touché. Pendant une mission pour récupérer un disque dur volé contenant l’identité des agents du MI6 (le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni), James Bond est laissé pour mort. Il va revenir à la vie pour sauver M, l’Angleterre, le monde. Javier Bardem incarne un méchant mystérieux qui dévoile peu à peu l’ampleur de sa folie. S’instaure entre les deux ennemis une relation ambiguë, entre l’amour et la haine. Ils se ressemblent, chacun voulant soumettre l’autre. Cette tension donne lieu à des scènes plus que troublantes.
Le spectateur est tout de suite plongé dans l’action. La première scène du film est une course poursuite de presque 9 minutes. On se rend compte que Bond n’est plus ce qu’il était. Daniel Craig incarne un agent fatigué. Recalé à l’examen pour rentrer dans le service actif, il a pris un coup de vieux. Blasé, il se contente de faire son job. Il enchaîne les bières. Bond est devenu alcoolique. Drogué. Mais il n’a pas perdu son patriotisme et son héroïsme. Ouf.
La James Bond girl est une maman
On abandonne les James Bond girls. Bérénice Marlohe, la jolie française, ne sert pas à grand chose. Elle ne parvient pas à surpasser Eva Green, qui portait le premier opus Casino Royale à bout de bras. On la croit femme forte, elle ne l’est pas. Elle devient fragile, frôle le film sans jamais y entrer complètement. On se désintéresse du personnage. Car la vraie James Bond girl de ce film, c’est M. Femme forte, c’est elle que 007 tente de sauver à tout prix. Elle devient plus que son supérieur. Elle devient sa maman. Et c’est d’ailleurs comme ça que Silva, grand méchant, l’appellera : « Maman a été très vilaine. » Judi Dench, 77 ans, n’a plus rien à prouver. Elle assoit le talent qu’on lui avait découvert dans « Shakespeare in love » où elle avait obtenu l’Oscar du meilleur second rôle.
La technique est irréprochable. Les plans font parfois penser à des tableaux. Skyfall joue avec l’intimité des personnages, avec l’ombre et la lumière. Nombreuses sont les scènes à la lumière léchée, avec des jeux de clair-obscur où l’on n’aperçoit que les silhouettes. A Shanghai, on se laisse emporter dans une scène d’action courte et bien rythmée, dans un noir presque complet. Sans oublier le générique du film porté par la voix d’Adèle, largement à la hauteur de celui de Casino Royale qui avait mis la barre très haut.
James Bond never dies
Skyfall, c’est surtout un hymne au personnage de James Bond. Sam Mendes lance un hommage vibrant au personnage créé par Ian Flemming. Pour les nostalgiques, on retrouve même la célèbre Aston Martin et tous ses gadgets. La fin du film est un clin d’œil à Sean Connery puisqu’elle se déroule dans la lande écossaise. On revient dans le passé de James Bond, son manoir, son enfance brisée. On revient surtout dans le passé des films, avec un retour aux bonnes vieilles méthodes de 007 : oubliée la technologie et les décors ultra-design. Skyfall est une véritable déclaration d’amour à un personnage qui trouve sa place dans le cœur de toutes les générations. Entre les mains de l’excellent Daniel Craig, James Bond n’est pas près de mourir.
Solène Vignali
