
Mais quel est ce petit pays de la taille de la Corse qui rachète la France? Le Qatar investit des milliards de pétro-dollars dans l’immobilier, les médias, les palaces ou le sport. Que cherche l’émir Hamad ben Khalifa Al Thani en multipliant ainsi ses investissements dans l’hexagone? Et pourquoi la France l’accepte-t-elle ?
Le Qatar, qu’est-ce que c’est?
Petit émirat du Golfe s’étendant sur 11 400 kilomètres carrés il compte 1,8 millions d’habitants dont 20% d’autochtones. Anciennement sous tutelle britannique, il acquiert son indépendance en 1971. Le 27 juin 1995, un coup d’État porte au pouvoir l’actuel monarque et…. prince héritier! Hamad Ben Khalifa Al-Thani, fatigué d’attendre, évince son père. L’émirat abrite une des principales bases américaines dans la région. Mais le Qatar c’est avant tout une poche de gaz : 60 milliards de dollars de rente chaque année. Sa puissance, il la doit aux fabuleuses ressources gazières qui lui permettent de développer sa pétrochimie, d’acheter la coupe du monde de football de 2022 et d’investir massivement à l’étranger. De Lagardère à EADS en passant par Volkswagen, l’émirat entend bien investir dans tous les domaines influents. Doha est le siège de la télévision Al-Jazeera, totalement subventionnée par le pouvoir.
Le plus grand fonds souverain de la planète : 700 milliards de dollars
Hôtel Lambert, Hôtel Lévreux, le Royal Monceau près des champs Élysée…impossible de savoir exactement le prix de leur rachat. Les estimations vont jusqu’à 580 millions pour les trois hôtels de luxe. Le Carlton de Cannes a battu le record : à lui seul 500 millions d’euros. Le Qatar remporte l’organisation de la Coupe du monde 2022 de football soutenu par Zinedine Zidane. Pourtant l’émirat n’est que 97e au niveau du classement du football international. Et puisque les affaires roulent bien, prochaine étape le Tour de France tiens ! L’émir se verrait bien accueillir de joyeux cyclistes en 2016, mais seulement pour la première étape.
Avec un fonds souverain de 700 milliards de dollars à investir, le Qatar ne fait pas de quartier. Il a des actions dans les plus grandes entreprises françaises : Suez, Veolia, Vinci, Lagardère. Il rafle les droits de diffusion de la ligue 1 puis ceux de l’euro 2012 et 2016 et depuis juin il possède deux chaînes de sport en France : beIN sport 1 et beIN sport 2. Le Qatar est le meilleur allié de Paris au Moyen-Orient, alors pas question de le perdre! Le groupe France-Qatar réunit 49 députés qui ont voté un régime fiscal très avantageux pour les investisseurs de ce pays : les qatariens sont bien parmi les seuls au monde à ne payer en France aucun impôt, ni sur les dividendes ni sur les plus-values immobilières. De son côté la France exporte chaque année vers l’émirat plus d’un milliard de dollars de marchandises.
Un monarque philanthrope ?
Peu de banques acceptent de financer les entrepreneurs des quartiers en difficulté de la banlieue parisienne. Heureusement tonton Al Thani est là! L’émir débloque 50 millions d’euros pour soutenir de jeunes chefs d’entreprise de quartiers des Yvelines ou de la Courneuve. Soyons réalistes, il n’y a que peu de chances que l’homme à la tête d’une monarchie absolue soit un grand philanthrope. Alors que veut tonton Al Thani ?
Première hypothèse : s’acheter une notoriété sur la scène internationale. « A l’heure de la mondialisation, le Qatar est un pays petit, très riche et vulnérable. Il a compris qu’il devait avoir un prestige international qui lui permettra de préserver sa sécurité plutôt qu’une armée avec des dizaines de milliers d’hommes » affirme Nabil Ennasri, doctorant en islamologie de Strasbourg. Seconde hypothèse : L’émir s’inquiète de l’avenir de son pays et de sa famille. Il investit donc à l’étranger. Le pays est le premier exportateur de gaz liquéfié de la planète mais l’or noir n’est pas éternel. Al Thani le sait : « D’ici à 2020, notre budget doit être entièrement financé par des activités autres que l’extraction des hydrocarbures », a-t-il déclaré au FMI en 2010.
L’émir à la tête d’une monarchie absolue sait, certes, cultiver ses réseaux politiques mais n’oublions pas que les investissements qatariens sont chaudement encouragés par les plus hautes autorités françaises.
Marie Gonzales
