Peut-on se passer de la monnaie ?

La monnaie est présente partout. Photo Canaltech.com

La monnaie est devenue partie intégrante de notre vie quotidienne. Au point de faire de nous des esclaves ?

La monnaie a trois fonctions : économique, sociale et politique. Qu’elle soit fiduciaire (les billets) ou divisionnaire (les pièces), elle rend palpable ce qui a priori ne l’est pas : la valeur. D’un point de vue financier, elle facilite les échanges et sert de réserve de valeur. La monnaie, c’est le bien dans lequel on peut exprimer tous les autres. En cela, elle se rend indispensable. Son rôle social est également majeur : comme le langage peut le faire, elle lie toutes les personnes d’une même société par un contrat de confiance. C’est le fait que chaque individu accepte ce contrat qui rend la monnaie légitime au sein d’une société. En plus d’être un des instruments majeurs du lien social, la monnaie est aussi créatrice de lien politique. Elle est le symbole d’un État ou d’une communauté politique. Avec l’euro, cette notion a évolué. De nationale, la souveraineté est devenue internationale. Mais le principe est toujours le même.

L’euro, moteur d’une dynamique européenne

À l’heure où la France vient de perdre son AAA chez Moody’s, dans une zone euro qui peine à regagner la confiance des marchés, la question de la légitimité de l’euro se pose chez une partie des acteurs politiques, notamment les extrémistes. L’euro est une des seules valeurs visibles au quotidien de la construction d’une identité européenne. Le remettre en question serait avouer un recul de cette fondation amorcée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En circulation depuis 2002, la monnaie européenne est le fruit d’un long travail de synchronisation mutuelle entre les pays de la zone.

Travail amorcé depuis le traité de Maastricht en 1992, qui a fixé les conditions d’existence de l’euro, celui-ci a d’ailleurs permis de s’affranchir encore un peu plus des frontières intra-européennes avec la suppression des conversions monétaires à répétitions d’un pays à un autre. Avec cette monnaie commune à 17 pays européens, l’Union européenne s’est dotée d’un argument financier fort. L’euro est devenu ainsi la deuxième monnaie – après le dollar – la plus utilisée dans les transactions financières. Par ailleurs, au niveau des taux de change, la jeune monnaie européenne a prouvé son poids économique avec une valeur supérieure au dollar. Pour exister au plan international, c’est un argument de poids.

 Jalal Kahlioui et Louis-Vianney Simonin

Une réflexion sur “Peut-on se passer de la monnaie ?

  1. Alors, finalement, on s’en passe ou pas? Bien sûr que non!
    Dans ce texte vous faites l’impasse sur env 90% de la masse monétaire, c’est à dire sur la monnaie scripturale. Aujourd’hui on pourrait très bien imaginer se passer totalement de la monnaie fiduciaire et divisionnaire, mais très difficilement de la monnaie scripturale, et même de ce que l’on voit apparaître depuis quelques temps, la monnaie électronique.
    Vous avez raison de dire que l’Euro est en quelques sortes le ciment de l’Europe. Il favorise grandement les échanges dans la zone euro. Personnellement, je suis prudent quant à sa valeur par rapport aux autres monnaies. Si c’est flatteur sur le papier, c’est éventuellement une gêne économique pour le commerce international et la croissance des pays européens, renchérissant les produits vendus à l’extérieur et donc limitant les exportations, et inversement favorisant les importations. Au lancement de l’Euro, il était prévu une parité avec le dollar de 1 – 1.1. Aujourd’hui on en est bien loin!
    Vous avez raison de dire que certains partis notamment extrémistes souhaitent un retour en arrière.Dans leur approche hexagonale, c’est une logique forte puisque battre monnaie était un droit régalien, et qu’en étant hexagonaux, on ne peut concevoir de déléguer ce droit à quiconque. Néanmoins à mes yeux ce serait une ânerie majeure, les ex monnaies nationales n’ayant pas eu que des vertus. Il suffit de se rappeler des dévaluations sauvages des pays du sud Europe, faussant le jeu normal de la concurrence internationale pour se dire que l’€, malgré toutes ses imperfections, à un avenir certain.

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