Travailler douze heures par nuit sans s’arrêter, entre perfusions, pansements mais aussi appels téléphoniques et accueil des patients : c’est le quotidien de Cyril Guillaume, seul infirmier de nuit des Urgences Saint-Jean de Cagnes-sur-Mer. Un travail souvent jugé difficile, mais qui est pour lui un choix et une grande opportunité.
A peine arrivé à la clinique, sept perfusions l’attendent déjà. Cyril Guillaume enfile sa blouse blanche et se tient prêt à prendre le relais de nuit, jusqu’à huit heures du matin. Il est le seul infirmier à veiller sur les quinze patients présents ce soir. « Je ne peux pas me noyer, ni baisser les bras sinon plus rien ne tourne », explique Cyril. Même quand le téléphone sonne, que le Samu arrive, que la sonnette retentit, alors qu’il est déjà occupé avec un patient. « Il faut gérer, c’est difficile ».
De l’autonomie mais une grande responsabilité

C’est l’un des rares à avoir accepté ce poste d’infirmier de nuit. Pour lui, c’était d’abord une opportunité. « C’est vrai, je suis insomniaque, avoue-t-il, je suis très nerveux de nature donc ce métier m’a permis de me canaliser. » Son choix va au-delà de ses troubles, puisqu’il gagne plus d’argent et d’autonomie. Cyril peut s’organiser à sa manière, car il n’est pas lié aux autres. « Je fais ce que je veux. Je suis un peu le chef », déclare-t-il fièrement. Cette responsabilité, Cyril ne la sous-estime pas : « il faut vraiment être sûr de soi même et savoir où l’on va, puisque des soirs il y a plus de trente patients que je dois gérer seul. » Un soir deux hommes sont entrés dans la clinique. Ils ont commencé à se battre alors qu’ils étaient sous l’emprise de l’alcool et Cyril a dû intervenir vite. Au même moment, d’autres patients l’attendaient. « C’est grâce à ma blouse blanche que j’ai pu gagner l’autorité nécessaire », explique t-il.
Un parcours atypique
Sa blouse blanche, Cyril a mis du temps à l’obtenir. Avant d’être infirmier il était aide-soignant. A cette période, il s’est aperçu qu’il avait d’autres capacités à exploiter, et surtout un diplôme à décrocher. « J’étais frustré, parce que je n’avais pas de diplôme, donc j’ai enchaîné les petits boulots pour payer mes études ». A la clé, son diplôme obtenu pour ses quarante ans. La médecine est le domaine qui l’intéresse le plus depuis le lycée, en particulier le contact avec les patients. Pourtant, « aux urgences, on crée peu de liens avec eux puisqu’ils restent peu de temps à la clinique, contrairement à l’hôpital », ajoute l’infirmier. Cela ne l’a pourtant pas dissuadé d’accepter ce poste de nuit, pour quatre soirs par semaine. Ce travail est une passion mais n’en reste pas moins, parfois, un poids : l’année dernière il a travaillé le soir du nouvel an. Cette année, ce sera celui de Noël. Pourtant Cyril sait qu’on a besoin de lui durant ces périodes, notamment quand il voit des gens arriver avec des mains arrachées à cause des pétards. L’infirmier dénonce pourtant le manque de personnel. « Ce n’est pas normal d’être seul la nuit !» Il est l’unique infirmier de nuit, puisque pendant des heures entières il peut y avoir des dizaines d’appels, et puis d’un coup, plus rien. « Parfois quand il n’y a pas d’appel, je vérifie même si le téléphone marche bien, s’il est branché ! », explique- t-il en riant. Les urgences sont imprévisibles, et c’est ce qui plaît à Cyril. « Il n’y a pas de routine, chaque soir c’est une nouvelle situation. »
Jessica COUDURIER et Juliette REDIVO
