Plein d’étoiles dans les yeux

Plus d’une centaine de milliards d’étoiles sont visibles chaque nuit. Habitués à regarder le sol plutôt qu’à lever les yeux pour admirer ce magnifique spectacle, nous ne faisons plus attention à ces petits points lumineux qui scintillent au-dessus de nos têtes. Un homme cependant, brave été comme hiver les mystères de la nuit pour venir découvrir les trésors que ces astres renferment. Rencontre avec René Gilli, un astronome amateur passionné.

Nice, un samedi soir couvert. Les lumières s’éteignent peu à peu. L’atmosphère nocturne remplace l’effervescence de la journée. Arrivé sur le sommet du Mont Gros, plus aucun des 150 chercheurs ne sont présents sur le site du plus grand observatoire d’Europe. Il faut dire qu’à cette heure tardive, les quelques 35 hectares de forêt confortent l’ambiance pesante, presque lugubre de ce territoire vide de chaleur humaine. La lumière y est totalement absente.

« Deux jours par semaine, je contemple Nice, avant de regagner mon poste, dans la Grande Coupole » explique René Gilli.
« Deux jours par semaine, je contemple Nice, avant de regagner mon poste, dans la Grande Coupole » explique René Gilli.

Un observatoire unique au monde

A la sortie d’un virage, une ombre se dessine enfin. Les faisceaux lumineux de la ville tapent sur sa silhouette frêle. « Deux jours par semaine, je contemple Nice, avant de regagner mon poste, dans la Grande Coupole.» Ces mots, ce sont ceux de René Gilli, maître des lieux depuis plus de 40 ans. Un sentiment de stupéfaction se dégage en voyant la Grande Coupole, haute de ses 24 mètres. Construite par Gustave Eiffel et Charles Garnier, elle dissimule bien la deuxième plus grande lunette au monde. Ses mensurations : 22 mètres de longueur, 7 tonnes et vieille de 130 ans. La porte en fonte à peine ouverte, René Gilli part en éclaireur dans cette véritable cathédrale arrondie. Là, au milieu de cette coupole, trône un immense objet, semblable à ceux rencontrés dans les livres d’Histoire narrant les expériences de Galilée. La lunette, électrifiée depuis quelques années, semble très simple à manier. Une caméra est fixée à l’une de ses extrémités. « Elle coûte plus cher qu’une voiture ! » nous glisse le sexagénaire.

On la distingue à peine, ensevelie sous un tas de fils. Avant, on observait directement le ciel grâce à des oculaires, désormais c’est grâce à celle-ci que René Gilli observe les étoiles. Mais pas n’importe lesquelles : les étoiles doubles, sa grande passion. Deux corps lumineux qui gravitent l’un autour de l’autre, et dont personne ne se préoccupe vraiment. «Je ne crois pas qu’il reste un astronome de profession qui se soucie de ces étoiles doubles. Sans les amateurs, elles seraient totalement délaissées » nous apprend René. Plus de 120 000 seraient déjà répertoriées, et l’astronome n’est pas peu fier d’en avoir lui-même découvert. Grâce à un logiciel, il peut savoir où se situent précisément les étoiles doubles, voir si elles ont évolué, et analyser parfois leurs orbites. « Il est très rare qu’un seul homme arrive à déterminer l’orbite d’une étoile, tellement sa période de révolution peut être longue. »

Innox Astronomie1Une grande dame pour admirer les étoiles

«Pourtant, c’est déjà arrivé ici à Nice. Paul Couteau, un grand astronome y est parvenu. Il a mis plus de vingt ans à définir l’orbite d’une étoile double située à seize mille années-lumière de la Terre. Mais il a réussi, à force d’observations ! » s’exclame-t-il devant son ordinateur, son « dictionnaire scientifique ». Depuis que son ami et astronome renommé de la Côte d’Azur Paul Couteau ne peut plus venir avec lui, René est seul dans cette grande coupole vide à observer les cieux grâce à cette lunette de 76 centimètres de diamètre. « Grâce à cette lunette, j’arrive à voir plus de détails qu’un télescope de 2 mètres. C’est incroyable quand on sait à quel point ces télescopes sont puissants, et à quel point cette lunette est âgée » déclare-t-il, un brin de fierté dans la voix. Depuis plus de 40 ans, ce mécanicien de profession est un véritable passionné. Il passe plus de quatre-vingts nuits par an à l’observatoire, avec pour seule compagnie, les étoiles, et cette grande lunette qu’il chérit. Une vie passée la tête en l’air, qu’il n’est pas prêt de troquer !

Par Mathilde DESLOGIS et Vincent BOURQUIN

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