Bientôt aura lieu le premier conseil des ministres de la Repùblica de Nissa. A l’approche des municipales, en voilà un qui ne craint pas de perdre sa place : Cristòu Daurore est élu depuis le 28 septembre 2013, et pour encore quelques années, président de la République de Nice. A quelques mois des municipales, quel est le message de cet « élu symbolique » ?
C’est à 12 ans, lorsque Cristòu Daurore, de son vrai nom Christophe Duchesne, quitte Nice, qu’il se rend compte de l’importance de la culture locale. De là, il va s’intéresser à la culture occitane. La Républica de Nissa ce sont 107 communes qui furent annexées par la France en 1860, qui disposent d’une culture et d’une langue commune : le nissart –dialecte de la langue d’oc. Christophe Duchesne va alors devenir professeur de langue et de culture occitane au lycée niçois Sasserno. L’Occitanie est une région linguistique de plus de 190 km2 , dont le nouvel homme politique est président. Présente dans 33 départements, elle rassemble le sud de la France, mais aussi l’Italie et l’Espagne, et regroupe environ trois millions de locuteurs. Le problème est qu’ ils ne sont que douze enseignants dans la ville, ce qui est, selon Christophe Duchesne « bien trop anecdotique pour une ville comme Nice. Nous sommes des enseignants militants ! ». Difficile dans ces conditions de mobiliser les gens sur ce dossier.
Des citoyens peu concernés
Le projet de Christophe Duchesne est ambitieux : son but est de revenir à une république indépendante, tout en en promouvant sa culture. Devenir le président de la République de Nice, quelques jours après la date anniversaire de son autoproclamation – le 25 septembre 2010, c’est un pas de plus vers la légitimité du projet. « C’est possible, la Catalogne l’a fait ! »
« Ces élections c’est un an de processus ! » affirme fièrement Cristòu Daurore. En septembre dernier avaient lieu les appels à candidature, qui se sont clos le 31 décembre avec trois candidats. La période de campagne avait duré jusqu’à fin mai, avec notamment un débat radiophonique, organisé en avril, qui avait intéressé pour la première fois les médias locaux. Cristòu Daurore s’était ensuite déplacé avec son urne dans plusieurs villages de la Républica de Nissa, comme Eze, afin de faire voter les citoyens. Les systèmes étaient pluriels (mails, courriers postaux, SMS et bien sûr l’urne) mais surtout très simplifiés puisque les seules conditions étaient d’être résident d’une des communes et d’avoir plus de 18 ans. « Pour nous il était essentiel d’ouvrir le vote aux étrangers : Nice est une terre d’accueil constituée d’influences étrangères tant par les noms, que la langue ou la cuisine. La Socca, c’est autant niçois qu’italien ! »

Au final, seuls 250 habitants sur plus de 525 000 ont voté pour élire Cristòu Daurore à 69 % des voix contre son adversaire Jonathan Santilli. Mais aujourd’hui même la presse nationale s’intéresse au combat de Cristòu Daurore. Pourtant ce ne sont pas les médias qui l’ont aidé à communiquer, selon lui. « Nice Matin a écrit 3 articles et France 3 Côte D’Azur est venu faire un reportage, je crois ». C’est surtout à travers les réseaux sociaux que le président fait passer ses messages. Il n’a pas essayé d’exploiter la radio Nissa Pantai qu’il a créée et qui fait déjà connaître la culture occitane, uniquement en nissart. « Je ne mélange pas mes rôles. Il existe une incompatibilité entre le métier de journaliste et celui d’homme politique. » : celui qui n’est pour l’instant qu’un élu symbolique affirme qu’il quittera son poste de journaliste amateur lorsqu’il s’investira dans des élections officielles. « Ça n’empêche pas le maire de Nice d’investir les médias en publicité… (rires)» Cette élection officieuse permet d’ailleurs au parti de rester très indépendant. « C’est très rare les personnes investies en politique qui peuvent critiquer n’importe quel pouvoir ».
Une élection symbolique pour davantage de démocratie
Cette élection c’est avant tout « un engagement politique très symbolique » pour Cristòu Daurore. L’objectif sous-jacent est de faire connaître cette république. « Les votants reconnaissent implicitement son existence ». Cela lui permet également d’exposer ses idées.
Le président voudrait instaurer davantage de décentralisation, moins de délégation, notamment à travers la nomination d’élus pour villages ou quartiers, « afin que les gens se sentent plus intéressés et plus solidaires dans la politique locale ». Plus de transparence aussi : « Le fait que les gens ne savent pas ce qui se passe concrètement dans les administrations les désespère à voter. C’est le leitmotiv du ça ne va rien changer ».
Fervent défenseur des terres fertiles de la plaine du Var, Cristòu Daurore veut accentuer l’exploitation de l’oléiculture, symbole de la Provence, ou encore remettre en question le projet de tram sous-terrain. Tout cela, très certainement par l’intermédiaire de référendums : « il faut avoir recours à la votation lorsque ça implique toute la population ».
Mais la clé de voûte du programme de ce président est surtout l’instauration d’une monnaie locale, comme il en existe, par exemple, sur le territoire occitan, par exemple à Pézenas depuis le mois de janvier 2010. « Tout en y ajoutant le critère linguistique, cela favoriserait le commerce de proximité ».
« Intéresser les élus gouvernementaux à nos sujets »
Le premier conseil des ministres de La Républica de Nissa a donc eu lieu, avec son premier ministre Gérard Raschella. Et son nouveau président a eu quelques difficultés à trouver une dizaines de ministres bénévoles « Beaucoup de personnes, qui occupent déjà un poste municipal, ont refusé de peur des retombées que cela pourrait avoir sur leurs emplois ». Mais le leader a quand même réussi à convaincre son premier ministre, qui est un employé municipal. « Il y aura des conseils des ministres dans chacune des 107 communes, le but est d’utiliser le territoire comme véritable laboratoire politique ». L’enjeu est de pouvoir consulter chaque candidat des différentes communes afin de faire prévaloir les volontés du mouvement.

Beaucoup prennent cette nouvelle initiative à la légère. Le nouveau président de la République de Nice est un utopiste. « On est peut-être trop dans le rêve mais je pense qu’on peut voir les choses autrement ». Une constitution officieuse ? « Le statut de la Républica de Nissa est exactement le même que celui de la République Française, il n’y a pas eu de déclarations, ni de reconnaissances officielles ». En attendant les municipales de 2020, auxquelles il compte bien participer sous la bannière de son petit parti local, Cristophe Duschesne est en train de faire refaire sa carte d’identité, avec son nom Cristòu Daurore, pour reprendre une vieille tradition occitane qui voulait que l’on traduise le nom dans la langue du pays accueillant.
Léa Reguillot
