10 ans après les attentats de Madrid

Jeudi 11 mars 2004, quatre jours avant les élections nationales, à 7h30 du matin (l’heure de pointe), dix bombes placées dans quatre trains explosent près de la gare madrilène d’Atocha. Retour sur l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de l’Espagne.

Pourtant habitués aux attaques terroristes de l’ETA, l’attentat de la gare d’Atocha reste un événement inoubliable pour les madrilènes. Ce jour-là, 191 personnes se déplaçant des quartiers ouvriers vers le centre-ville vont mourir, et 1858 seront blessées. Le lendemain, Madrid a connu une des manifestations les plus massives de son histoire. Derrière le président sortant, José María Aznar, et les deux candidats à sa succession José Luis Rodríguez Zapatero (Parti socialiste) et Mariano Rajoy (Parti populaire), des millions de personnes de gauche et de droite ont dit non au terrorisme qui, depuis la mort de Franco, a modelé la vie politique espagnole.

« Tête de la manifestation contre le terrorisme. De gauche à droite : Miguel Ángel Acebes (ministre de l’intérieur), Rodríguez Zapatero (candidat socialiste à l’élection du dimanche suivant), José María Aznar (président du gouvernement), Felipe de Borbón (Prince des Asturies) et les infantes Elena et Cristina ». Crédit Photo : casareal.es
« Tête de la manifestation contre le terrorisme. De gauche à droite : Miguel Ángel Acebes (ministre de l’intérieur), Rodríguez Zapatero (candidat socialiste à l’élection du dimanche suivant), José María Aznar (président du gouvernement), Felipe de Borbón (Prince des Asturies) et les infantes Elena et Cristina ». Crédit Photo : casareal.es

En octobre de l’année précédente, Ben Laden avait cité l’Espagne dans une de ses vidéos comme une cible potentielle à cause de sa participation à la guerre en Irak. Un an avant, un attentat contre la Maison de l’Espagne à Casablanca avait causé 23 morts. Cependant, personne ne s’y attendait : ni les hommes politiques, ni les forces antiterroristes centrées sur la lutte contre l’ETA, ni surtout les citoyens. C’est pour cette raison qu’un groupe de 30 djihadistes, qui voulaient également se venger du démantèlement d’une cellule islamiste quelques années auparavant, est passé inaperçu devant la police. Ils ont acheté les explosifs à des mineurs asturiens et les ont cachés dans une villa située aux alentours de Madrid. Le 11 mars, ils les ont cachés dans des sacs à dos, à bord de quatre trains du réseau TER de Madrid. Les auteurs matériels se sont suicidés quelques jours après, dans un appartement du quartier de Leganés, alors que les forces spéciales de la police s’apprêtaient à les arrêter. Les doutes persistent quant à l’identité des auteurs intellectuels du massacre.

Les conséquences politiques

Mariano Rajoy aurait dû remporter les élections législatives du 14 mars 2004. Il était ministre dans le gouvernement d’Aznar et les sondages le plaçaient largement en tête. Cependant, c’est le socialiste Zapatero qui les a remportées. L’attentat a profondément bouleversé la société espagnole, qui par son vote a sanctionné l’engagement de l’Espagne dans la guerre en Irak. La première décision du nouveau président Zapatero a été de retirer les troupes.

« Des citoyens anonymes sont les premiers à secourir les victimes » Crédit photo : Pablo Torres/El País
« Des citoyens anonymes sont les premiers à secourir les victimes » Crédit photo : Pablo Torres/El País

Mais c’est aussi l’incapacité du gouvernement à reconnaître que ce n’était pas l’ETA qui avait commis l’attentat qui a été sanctionnée. En effet, le Ministre de l’intérieur et le président Aznar lui-même ont montré du doigt l’ETA dès les premiers moments. Obsédés par la lutte contre le groupe séparatiste basque et voulant justifier les mesures antiterroristes prises contre celui-ci, ils ont mis de côté les indices pointant le djihad. Ces accusations de la part du gouvernement ont entraîné une réaction « anti-basque » dans une partie de la population espagnole, qui a provoqué deux morts : une femme dans une manifestation près de San Sébastien et un militant basque, assassiné de sang-froid par un policier national à Pampelune.

La responsabilité de l’attentat divise toujours

Aujourd’hui encore, une partie de la droite et l’extrême-droite considèrent que c’est l’ETA qui est derrière cet attentat. Il en est de même pour certains médias conservateurs, très influents, comme le quotidien El Mundo. Cette position s’explique principalement pour deux raisons : l’importance de la lutte contre l’ETA pour une partie de la population et le fait de ne pas accepter que cette erreur ait causé la perte du pouvoir de la droite et le retour de la gauche.

« La une du quotidien espagnol El País, le 12 mars 2004. » Crédit photo : El País.
« La une du quotidien espagnol El País, le 12 mars 2004. » Crédit photo : El País.

Les associations de victimes de l’attentat, qui jouent un rôle important dans la politique espagnole, sont également très divisées et se rassemblent séparément pour rendre hommage aux victimes. L’une d’entre elles, l’AVT (Association des victimes du terrorisme), regroupe la majorité des victimes du terrorisme en général (majoritairement victimes de l’ETA). Elle lutte pour que la « vérité » sur l’attentat soit dévoilée alors que l’autre, l’Association 11M Affectés par le terrorisme, spécifique pour les attentats de Madrid, considère que la responsabilité a déjà été élucidée.

César Prieto Pérochon

Une réflexion sur “10 ans après les attentats de Madrid

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