Polygone Riviera : La face cachée du projet

D’ici la fin de l’année sortira de terre Polygone Riviera, gigantesque et luxueux centre commercial au nord de Cagnes-sur-Mer. Le projet, ambitieux, ne fait pourtant pas que des heureux. Si les petits commerçants du centre ville craignent l’arrivée de ce géant, les riverains eux, sont épuisés. Deuxième volet de notre enquête.

Polygone Riviera est actuellement le chantier le plus important d’Europe. Pas besoin d’en dire beaucoup plus pour estimer l’étendue des travaux. 70 000 m2 de surfaces commerciales (10 terrains de football), un cinéma de 1800 places, 150 boutiques attendues… Des chiffres déjà évoqués  et qui résument à eux seuls l’ampleur du projet.

A Cagnes, dans le quartier de la Grange Rimade, c’est l’exaspération. « Ils travaillent tôt le matin, les jours fériés … Nous avons des allers-retours incessants de camions » confie Brigitte. Elle occupe un joli pavillon qui jouxte le chantier. Avenue de la Santoline, c’est un sentiment de ras-le-bol qui prédomine. En face de chez elle, Lucien habite également une maison individuelle. Il abonde : « c’est infernal. Nous avons des hurlements dès 7h du matin. Je dis bien des hurlements. Je suis père de famille, je peux vous dire que c’est pénible pour les enfants. » Selon lui, « le bruit et la poussière sont les nuisances principales. Mais cet hiver par exemple, après les pluies, la rue était recouverte de boue sur plusieurs centimètres … Et les semi-remorques n’arrêtaient pas. Pourtant, c’était une avenue privée ici. »

La maison de Brigitte est attenante au chantier. (Crédit Photo : Loris Bavaro)
La maison de Brigitte est attenante au chantier. (Crédit Photo : Loris Bavaro)

Appréhension autour de louverture 

Max Lamoure est président de l’association ADEFHA, qui représente les riverains affectés par la construction de Polygone Riviera. Il assure que « les nuisances causées durant le chantier ne sont pas les plus importantes. C’est du temporaire et il s’agit essentiellement de trafic de poids lourds ». Pour lui, l’inquiétude réside dans le trafic qu’occasionnera le centre à son ouverture. Il déplore le manque d’aménagements autour du Polygone : « les modifications des ronds-points ne permettent pas un accès élargi. Nous avons toujours deux fois deux voies sur la pénétrante Cagnes-Vence, déjà souvent encombrées en temps normal. J’ai très peur du trafic dans la tranche horaire 17h-19H, là où les gens rentreront du travail mais se rendront également au centre commercial. » Un sentiment partagé par Astrid, membre de l’association : « j’ai très peur des conditions de circulation. Il m’est déjà arrivé de mettre 35 minutes de l’autoroute à chez moi. Je préfère ne pas imaginer… ». Pour Max Lamoure, les solutions sont rares : « il aurait fallu élargir l’avenue des Alpes (qui longe le Polygone), mais cela est difficilement réalisable au niveau technique ».

Du coup, la Socri, la société en charge des travaux, s’est lancée dans l’achat de voies privées – comme l’avenue de la Santoline évoquée plus haut – « censées servir aux livraisons et sorties automobiles lors des journées rouges types soldes ou périodes de fête » -, selon le président. Mais Polygone Riviera ne s’arrête pas là.

Cette rue va devenir un accès pompiers. (Crédit Photo : Loris Bavaro)
Cette rue va devenir un accès pompiers. (Crédit Photo : Loris Bavaro)

Vendre pour éviter le pire ? 

« Nous nous sommes créés car nous manquions d’informations. Nous voulons obtenir, collecter et diffuser ces informations. Nous n’avions que des bruits et des rumeurs mais rien de la part des institutions et de la mairie qui communiquaient positivement », explique Max Lamoure. Mais tous les riverains ne semblent pas concernés par cette démarche. Impasse des pommiers, un retraité nous lance : « cela fait 50 ans que je suis ici. Mais on ne peut pas lutter contre eux. De toute façon, moi je m’en fous, j’ai vendu ». Impossible d’en savoir plus, mais l’homme aurait en fait cédé à la Socri le droit de passage du chemin, pour que là aussi le centre puisse en faire un accès pompiers et livraisons.

La maison d’Astrid fait face au Polygone. (Crédit Photo : Loris Bavaro)
La maison d’Astrid fait face au Polygone. (Crédit Photo : Loris Bavaro)

Dans la rue d’à côté, Astrid nous ouvre les portes de sa maison. Elle nous montre les conséquences des travaux. Barricades, terrain qui s’effondre, mur de béton dressé devant ses fenêtres. Une accumulation pour celle qui a rejoint l’ADHEFA pour faire valoir ses revendications. Mais aujourd’hui, la coupe est pleine, pour celle dont la famille est installée ici depuis 10 ans. « Est ce que nous avons songé à vendre ? Oui, mais en 3 ans, nous avons eu deux promesses de vente annulées. On attend de voir une fois les travaux finis ». Même son de cloche chez Lucien : « si l’on voit que les conditions ne s’améliorent pas, alors oui, on envisagera avec regret un départ… ». Une décision difficile à prendre pour ces riverains qui devront attendre l’automne, date d’ouverture pour Polygone Riviera.

Nicolas Faure

Loris Bavaro

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