Acteur fétiche de Stéphane Brizé, Vincent Lindon maintient son engagement humain et politique dans La loi du marché, ce qui lui a valu le prix d’interprétation.

L’emploi, les sans-papiers, la lutte des classes. Vincent Lindon vit son cinéma à travers l’actualité
et la réalité, parfois dure, de nos sociétés. « Je fais des films comme celui-là parce que je crois que
le cinéma peut changer sinon les choses, du moins des choses », déclarait-il au quotidien dijonnais
Le Bien Public à propos de La loi du marché. Avec ce film, l’acteur français étreint un sujet qui
l’avait révélé il y a plus de vingt ans, lorsqu’il endossait le costume d’un conseiller juridique
licencié du jour au lendemain dans La crise (1992) de Coline Serreau. A l’époque, son
interprétation était à l’aube d’une immense carrière de coups de gueule sur pellicule, contre les
dysfonctionnements du système économique et social. On y retrouve Ma petite entreprise (2000)
de Pierre Jolivet, dans lequel Vincent Lindon s’attaque une nouvelle fois au monde impitoyable du
travail. Mais aussi Welcome (2009), qui porte un regard touchant sur la condition des sans-papiers
en France.
« Vincent Lindon a une demande affective énorme en tant qu’homme »
Vincent Lindon a la spécificité d’être la figure de proue de réalisateurs qui partagent avec lui ces
velléités d’humanisme. C’est le cas de Pierre Jolivet, mais aussi de Philippe Lioret, avec qui il a
partagé deux films. « Il a une demande affective énorme en tant qu’homme », confie le réalisateur
lors d’une interview croisée sur LCI. Une version qui contraste avec son côté grande gueule, mais
qui corrobore son engagement humain devant la caméra. Stéphane Brizé est aussi de ceux qui
transcendent cette particularité à travers des sujets engagés. Dans Mademoiselle Chambon (2009),
l’acteur français joue Jean, maçon dont l’amour pour Véronique Chambon, institutrice, se heurte
aux strates sociales. Trois ans plus tard, Quelques heures de printemps questionne l’euthanasie à
travers la relation entre Alain, interprété par Vincent Lindon, et sa mère, Yvette. La plupart de ces
partitions lui ont valu des nominations aux Césars, mais il n’avait jusque là pas reçu de
récompense. La loi du marché, qui remet sur la table un sujet fort en France, mais aussi dans les
pays du sud de l’Europe, a enfin sacré l’acteur au Festival de Cannes.
Antonin Deslandes
