C’est par crowdfunding que le site d’information en ligne marseillais, placé en redressement judiciaire en mars dernier, souhaite revenir au galop. Si l’objectif vient d’être atteint, les journalistes promettent un changement radical de formule.

À seulement un mois de la date de clôture du projet de financement participatif, les compteurs sont pleins. Pourtant, les sous continuent à tomber. En 48 heures à peine, le projet de Marsactu avait créé un véritable élan de solidarité après la liquidation judiciaire du média en mars, entraînant des centaines d’euros de dons offerts par des lecteurs nostalgiques et convaincus. Désormais, une semaine après la mise en ligne du projet, la jauge est atteinte, dépassant ainsi la barre des 100 % de réussite. Chaque jour, le projet récolte environ 3 571 euros pour enfin atteindre son but, mercredi en fin de journée. « C’est une vraie victoire pour nous, s’exclame Benoît Gilles, rédacteur en chef de Marsactu. C’est allé très vite ».
100% en une semaine de campagne ! Vous êtes formidables, merci. Mais il reste 1 mois de campagne pour aller au-delà ! pic.twitter.com/76yImgsSZR
— Marsactu (@marsactu) 10 Juin 2015
Pourtant, « les vraies campagnes bien réussies, ce sont celles qui se soldent non pas à 100 %, le premier palier. Mais à 200 %, voire 300 % de réussite », tonne Benoît Gilles. « On vise maintenant le seuil des 35 000 euros, sur les 25 000 initialement prévus ». Si, pour le moment, quatre cent contributeurs se sont mobilisés pour sauver et pérenniser ce média connecté d’enquête locale de la cité phocéenne, le journaliste estime qu’un premier socle de 500 personnes pourrait venir ajouter une pierre à l’élaboration nouvelle du média. « C’est ce deuxième cercle de personnes que l’on vise. Des personnes qui pensent que c’est une nécessité d’avoir un média indépendant, ancré et exigeant à Marseille et dans sa région ». Et pour les contributeurs, les contreparties sont alléchantes.
Pour la somme minimale, 5 euros ou plus, un abonnement de 14 jours. Les cadeaux deviennent de plus en plus intéressants au fur et à mesure de l’importance du don. À 50 euros ou plus, un abonnement de six mois et le droit de parrainer une de ses connaissances à Marsactu, et également des stickers et des réductions sur les abonnements futurs. Plus une invitation à la soirée de remerciements organisée, dans tous les cas, en septembre, à la rentrée. Car maintenant c’est certain, Marsactu reprendra du service « en automne », avec sa traditionnelle équipe de cinq journalistes. À eux, s’ajoutera un entrepreneur du digital, qui orchestrera et conseillera l’optimisation de la stratégie digitale du site d’information.

« Indépendance » et « exigence »
Le journalisme qu’elle prône fait rêver. L’équipe de Marsactu a su retomber sur ses pieds après les péripéties financières de sa société éditrice, en mars. Un mois plus tard, la rédaction rachetait le site et ses archives. Le mois suivant, elle réfléchissait déjà à un projet de reprise. Ce sera le crowdfunding. : « On a tout encore à réinventer. On va favoriser le dialogue avec les lecteurs. Cibler leurs besoins avec des infographies, des sujets au plus près de chez eux. On doit prendre les choses en main, c’est notre rôle », déclare Benoît Gilles.
À Marseille, Marsactu ne fait malheureusement pourtant pas cas de figure, et encore moins d’exception. Il n’est pas le seul site d’information menacé, et pour cause. Le Ravi, La Marseillaise, La Provence, Econostrum… ont, eux aussi, connu, et connaissent toujours, des difficultés pour se financer. Ils avaient lancé, bien avant Marsactu, un projet de relance. « Ce qu’il se passe à Marseille, se passe ailleurs, et, de toute façon, dans l’ensemble de la presse. On a une vraie crise du modèle économique de la presse. Au niveau du local, c’est encore plus sensible, analyse Benoît Gilles. À Marseille, on le ressent davantage, c’est-à-dire que les deux quotidiens populaires de la ville, La Marseillaise et La Provence, se retrouvent en mauvaise santé. C’est l’ensemble de la presse qui se cherche. Il y a un transfert du public d’un support papier au support web. On voit donc qu’au niveau local, le numérique a toute sa place ».
La nouvelle formule proposée se fera par abonnement, à l’image de ce qui se fait de plus en plus pour les médias en ligne. Comme « les titres nationaux Mediapart et Arrêt sur images qui ont ouvert un chemin – étroit – que nous voulons suivre », pouvons-nous encore lire sur leur page de financement participatif.
« On propose du journalisme à contre courant qui ne se contente ni des discours officiels ni des sujets imposés »
Si Marseille n’est pas nécessairement une ville de grands lecteurs, comme le pointe le journaliste, la question, pour les médias, c’est d’élaborer une recette pour continuer à durer. « C’est toute une économie à réinventer, une économie sociale et solidaire, avec le crowdfunding, par exemple ».
« En tout cas, pour la rentrée, on est prêts », s’extasie le rédacteur chevronné de la rédaction marseillaise. « On est déjà dans le bain. On prépare en amont des sujets pour la rentrée, et c’est même très frustrant de ne pas avoir de support pour les publier ».
Pour continuer à soutenir Marsactu, c’est à l’adresse suivante : fr.ulule.com/marsactu
Lucile Moy
