Ce mercredi 16 novembre, à l’instar des volontés de l’extrême droite israélienne, le projet de loi visant à légaliser tous les avant-postes israéliens en Cisjordanie a été adopté. La colonisation, désormais, est donc de fait parfaitement légale.
Benyamin Netanyahou , Premier Ministre israélien, dos au mur, a subi le choix du parlement de son pays, la Knesset. En effet, mercredi 16 novembre, l’extrême droite a obtenu une victoire significative : un projet de loi comportant trois versions, différentes uniquement dans le détail, dont l’objet est de légaliser l’intégralité de ces petites communautés apparues depuis vingt ans sur les collines en Cisjordanie, a été adopté en séance préliminaire. Ces dernières font l’objet de polémiques virulentes : leur existence-même défie les lois du droit international et celles de l’Etat d’Israël. Néanmoins, un tiers de ces avant-postes ont déjà été légalisés par des évaluations au cas par cas.
C’est une première dans le conflit israélo-palestinien. De fait, une majorité de députés n’avait jamais accepté la pure et simple colonisation de terres palestiniennes. Des compensations financières, dérisoires, ont été prévues à l’intention des propriétaires de ces terres, pour tenter de contenir l’opinion publique.
Amona, prétexte pour de nouvelles conquêtes ?
Amona, la plus grande colonie de Cisjordanie, s’est vue victime de sa propre politique, ignorant continuellement les opposants à la colonisation. Elle s’est étoffée de 300 habitants sur des terres privées en toute illégalité, et ces derniers se sont heurtés à la justice. En effet, la Cour suprême ayant ordonné l’évacuation des colons de ce territoire annexé, ceux-ci ont jusqu’au 25 décembre pour le quitter.

C’est essentiellement en réaction à cette décision de justice que la droite religieuse de l’Etat d’Israël a avalisé ce projet de loi, transgressant ainsi les règles qui régissent le droit international. La loi israélienne, quelque peu alambiquée, instaure toutefois une dichotomie juridique entre les colonies. Certaines sont en effet « sauvages » au regard de la loi du pays car elles ne disposent pas de toutes les autorisations.
Duel entre Benyamin Netanyahu et Naftali Benett
De fait, c’est le chef du Foyer juif, parti nationaliste religieux, Naftali Benett, qui a pris l’avantage dans ce nouveau tournant historique du conflit. Celle–ci menant les « durs » de la coalition au pouvoir a réussi à faire plier le gouvernement à tel point que le projet a été adopté à l’unanimité par la commission ministérielle. Le représentant de la puissante force droitière du pays voit même à plus long terme. Avec l’appui supposé de l’administration Trump, il entend mettre un terme au projet d’Etat palestinien. L’objectif de Benett est de reprendre une colonisation intensive de la Cisjordanie ainsi que de Jérusalem-Est. Le premier ministre, quant à lui, s’est humilié, faisant état d’une situation où la plus grande partie des ministres de son propre parti, le Likoud, soutenaient le projet de loi. Il s’est résigné à voter le texte à son tour.

Ce nouvel épisode de la confrontation intra–gouvernementale israélienne sera peut-être sans suite, du fait des menaces de saisie de la Cour pénale internationale (CPI) par Avichai Mandelblit, le conseiller juridique du gouvernement, ou en cas d’abrogation du texte par la Cour suprême du fait d’appels très probables. Le chef du groupe Yesh Atid (centre droit) à la Knesset, Ofer Shelah, dont le parti n’appartient pas à la coalition, dénonce dans Le Monde : « Ceux qui ont proposé le texte veulent qu’il soit annulé par la Cour suprême, pour pouvoir encore une fois la mettre en accusation et affaiblir encore davantage les fondements démocratiques ». L’avenir nous dira s’il a raison.
Harold Girard
