En amont de sa conférence Les enfants de Caïn : pourquoi le cinéma fait de nous des monstres donnée dans le cadre des Rencontres Cinématographiques de Cannes, le critique Jérôme Momcilovic est revenu sur le rôle de la violence dans le cinéma.

Pourquoi traiter de ces thématiques ?
« C’est pour rendre justice au film de Fritz Lang, son film « Le secret derrière la porte » rappelle combien il était obsédé par la question du meurtre. Le réalisateur avait la conviction que chacun de nous est un meurtrier en puissance. Ses films représentent des personnages qui tuent ou qui se posent la question de tuer. Lang regarde le spectateur dans les yeux en lui disant : « vous avez la même pulsion ». Le cinéma nous est d’autant plus utile quand il nous montre des choses qu’on n’a pas forcément envie de voir en nous-mêmes. »
Qu’est-ce que le public recherche et trouve dans les films avec des personnages qui ont des psychoses ? Et dans des films qui montrent la violence ?
« Ce sont des films qui remplissent complètement la fonction cathartique du cinéma. C’est ce que disait Aristote en parlant de “la purgation des passions” c’est-à-dire le fait de voir représenter des choses qu’on a au fond de nous, mais qu’on ne ferait pas. Une forme de plaisir morbide liée aux mœurs de la violence. Le cinéma est un endroit passionnant pour se confronter au monstre en nous. Pour moi ce qui est intéressant c’est quand un film nous emmène assez loin là-dedans, mais nous oblige à nous confronter à ces pulsions et nous rappelle qu’on les a en nous. »
L’écran de cinéma s’ouvre-t-il a une autre dimension sombre, avec la folie, le meurtre, l’inconscient, le baroque et l’étrange ?
« Il y a un point qui est évident, le cinéma par nature, on peut le dire avec des pincettes, compte sur des spectateurs qui sont des pervers. L’expérience du cinéma lui-même c’est d’aller dans une salle obscure et regarder la vie des autres. Même si c’est une fiction, on observe la vie de personnages qui ne savent pas qu’on les regarde, c’est une jouissance voyeuriste. »
Le spectateur est-il plus sensible à la violence au cinéma de nos jours ?
« C’est paradoxal, peut-être que le public est plus sensible, mais en même temps on est cerné de plus en plus d’images plus en plus violentes, notamment d’images de la réalité. Je pense que le cinéma ose moins poser vraiment la question de la violence qui est presque uniquement ludique au cinéma. La violence est complètement vidée de sa substance. C’est une question très morale de représenter la violence et les films se débrouillent moins bien avec ça aujourd’hui. »
Pourquoi le cinéma fait-il de nous des monstres ?
« Je vous donne une réponse un peu énigmatique, mais c’est celle qui me semble la plus juste : parce que c’est nécessaire et parce qu’on en a besoin. La question que je vais poser lors des conférences, ce n’est pas pourquoi le cinéma a fait de nous des monstres, mais pourquoi il nous a représentés comme des monstres. »
Par Eulalie Mérel et Nina Osmond
Edité par E.M
