Vingt ans après le meurtre de sa fille, la réalisatrice Nadine Trintignant a présenté son film lors des Rencontres cinématographiques de Cannes.

Le documentaire que Nadine Trintignant a consacré à sa fille en 2022 a été projeté à16 heures aux Arcades. Affiche DR
« Faire un film sur la vie de Marie et pas sur la mort de Marie. » C’est l’objectif que visait Nadine Trintignant avec son documentaire, Marie Trintignant. Tes rêves brisés. Jurée des RCC aux côtés de Jacqueline Bisset, Bruno Sanches et Frédéric Brémaud, la réalisatrice a présenté ce film réalisé en hommage à sa fille. Sorti en 2022, celui-ci retrace, selon elle, « tout ce qu’était ma fille, son amour pour la vie, sa vitalité et sa générosité ».
L’actrice est morte en 2003 des coups portés par son ex-compagnon, le musicien Bertrand Cantat. « Des rêves brisés », ceux de devenir un jour metteuse en scène et de continuer à accompagner sa mère dans ses travaux. « Les quatre derniers films que j’ai faits avec Marie, on les a écrits ensemble, c’était vraiment un travail collaboratif », ravive Nadine Trintignant. « Quand elle est partie, je n’avais plus envie de réaliser quoi que ce soit. » La réalisatrice s’est alors muée en écrivaine. Dans son livre, Ma fille, Marie, paru deux mois après son décès aux éditions Fayard, Nadine s’adresse à la défunte sous forme de lettres. En 2022 émerge l’idée d’un documentaire : « Arte m’a contactée. Lorsqu’ils m’ont proposé de faire un film sur Marie, je ne savais pas si j’y arriverais. » En réalité, la mère éplorée ressent le besoin de réaliser ce documentaire. « Beaucoup de personnes très gentilles s’arrêtaient dans la rue pour me parler de la fin de Marie. Mais moi, j’avais envie de parler d’elle vivante. » Pour les RCC, c’est apparu comme « une évidence » de lui rendre hommage.
Le long chemin du mot « féminicide »
Décrit, à l’époque comme un « crime passionnel », le meurtre, à 41 ans, de Marie Trintignant a longtemps suscité un traitement médiatique qui apparait aujourd’hui inapproprié. Les mots utilisés pour évoquer les actes de Bertrand Cantat relèvent plutôt du lexique de l’accident et de la passion. Pourtant, c’est bien ce qu’on appelle désormais un féminicide qui a eu lieu dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003 dans une chambre d’hôtel de Vilnius (Lituanie). Il est d’ailleurs devenu au fil des années un véritable symbole des violences faites aux femmes. Selon l’historienne Christelle Taraud citée par l’AFP, « l’histoire de cette actrice aux rêves brisés a véritablement marqué des générations et éveillé les consciences collectives, même s’il reste encore beaucoup d’améliorations. » Pour Nadine Trintignant, vingt ans après, le combat reste le même. D’où l’importance de cette projection aux RCC. Selon l’association féministe NousToutes qui comptabilise les féminicides en France, une femme décède tous les trois jours sous les coups d’un homme.
Nafida ABDILLAH et Théo BOISSONNEAU
Édité par N.A.
