[RCC] Restaurateurs de films : ils donnent une seconde jeunesse au 7ᵉ art

Du 20 au 26 novembre se sont tenus les 36ᵉ Rencontres Cinématographiques de Cannes (RCC) 2023. À cette occasion, les différents cinémas de la ville ont projeté des films, mais ont aussi accueilli des acteurs du milieu. C’est dans ce cadre qu’André Labbouz, directeur technique chez Gaumont a animé le vendredi 24 novembre à l’espace Miramar, une masterclass qu’il a intitulé La Déontologie et la restauration des films.

« Les Tontons flingueurs », un film restauré déjà deux fois par André Labbouz. Photo DR

Fellini, Lang, Bergman, Ozu, vous avez peut-être vu ou revu leurs films durant ces 36ᵉ RCC. Cela ne serait sans doute jamais arrivé sans le travail de ces femmes et de ces hommes qui restaurent les classiques. André Labbouz est l’homme qui encadre cette mission délicate et essentielle chez Gaumont, mythique société de production et de distribution.

Retrouver les couleurs initiales, plan par plan

La question de restaurer un film se pose dès les années quatre-vingt. On a cherché à conserver, dans une démarche patrimoniale, les reliques du 7ᵉ art. Chez Gaumont, des petites mains s’affairent à cette tâche depuis 2009. « On a l’aide de certaines machines, mais c’est surtout un travail manuel, il faut en moyenne six mois pour restaurer un film », révèle André Labbouz. Il faut d’abord récupérer le négatif du film, le scanner puis l’étalonner, c’est-à-dire retrouver les couleurs initiales, et ce, plan par plan. Un travail de précision : « On est huit yeux pour relever toutes les rayures, tous les petits points blancs, tous les poils qui sont sur le négatif. » Mais aussi de passion : « Nous connaissons les films presque par cœur ! » Sous la supervision d’André Labbouz, l’entreprise a déjà restauré plus de 650 films sur un catalogue de 1200. Un de ses préférés : Les Tontons Flingueurs (1963, Georges Lautner) qu’il a déjà numérisé deux fois.

« Il est possible de conserver les films sur pellicule entre 300 et 400 ans »

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, numériser un film n’aide pas forcément à sa conservation. « On n’a aucun recul sur le numérique. La pellicule, on en a une de 120 ans. Tous les chercheurs s’accordent à dire qu’il est possible de conserver les films sur pellicules entre 300 et 400 ans dans de bonnes conditions », assure le cadre de Gaumont. Les bonnes conditions, ce sont « des frigos à 4,5°C avec 30 % d’humidité », des règles strictes sans lesquelles la qualité des pellicules se dégrade. Le numérique, lui, se détériore quelles que soient les circonstances. Vos photos ou fichiers imprimés jaunissent et s’estompent avec le temps, idem pour vos données numériques. Dans une décennie, difficile de savoir si vous conserverez tous les clichés sur votre smartphone. Ce risque, Gaumont en a conscience, tout comme d’autres distributeurs français. Canal, Pathé, SND basculent, sur
pellicules, tous les films qui ont été tournés au format numérique uniquement. Dans 200 ans, vos descendants pourront voir Avatar sur pellicule !

Haron LEVEAU et Dunvel RAMALINGUM

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