Combiner journalisme et activisme, une nécessité ?

Pour Edwin Malboeuf, journaliste à Mouais le journal dubitatif, la réponse est oui. Vendredi 27 octobre, il a tenu une conférence, sur le campus Georges Méliès, face aux élèves de l’École de Journalisme de Cannes. Il a partagé sa vision de l’univers médiatique d’aujourd‘hui, et le besoin d’y planter une graine de militantisme.

Edwin Malboeuf répond aux questions des étudiants de l’École de Journalisme de Cannes, concernant sa vision du journalisme. PHOTO A.D.Q.

« Être activiste, c’est être un meilleur journaliste ». C’est ce qu’a affirmé Edwin Malboeuf, journaliste au mensuel Mouais le journal dubitatif, lors d’une conférence à destination des élèves de l’École de Journalisme de Cannes, au campus Georges Méliès. Lui-même activiste, puisque anarchiste assumé, Edwin Malboeuf a insisté sur l’apport du monde du militantisme à celui de l’information.

Bien que l’objectivité requise par le journalisme et l’engagement de l’activisme puissent paraître aussi compatibles que l’eau et le feu, Edwin Malboeuf n’est pas le seul à les trouver complémentaires. Dans une interview de 2022 pour Le Grand Continent, le journaliste d’investigation Matthew Caruana Galizia expliquait que « les journalistes et les activistes se rendent de plus en plus compte qu’il faut être ensemble et qu’on ne peut plus travailler seuls ».

Dans cette même interview, la journaliste d’investigation Pavla Holcová s’accordait avec son confrère en ajoutant qu’ »il y a des moments où il faut vraiment agir, où il faut devenir activiste ». Ce ne serait donc pas toujours un choix, mais une nécessité.

Une nouvelle définition de l’activisme

« Attitude politique qui favorise l’action directe, voire violente (extrémisme), et la propagande active ». Voilà la définition du dictionnaire Le Robert pour « activisme ». Loin de cette image de l’extrémiste violent, Edwin Malboeuf associe plutôt cela au militantisme, jugé plus modéré. En tant que journaliste, il s’agirait simplement de « quitter sa tour d’ivoire » pour aller au contact des citoyens, laissant de côté le cliché du journaliste « froid et apolitique ». Nul besoin de violence aux yeux d’Edwin Malboeuf, tout est question « d’engagement » et de faire porter la voix de tous.

Et la neutralité dans tout ça ? « La neutralité n’est qu’une vaste blague, personne n’est neutre », assure le journaliste. Pourtant au cœur de son métier, il juge cette caractéristique inutile et néfaste aux productions journalistiques : « Avec une subjectivité assumée, le lectorat sait ce qu’il lit. C’est mieux que de se cacher derrière une fausse neutralité. »

Un apport au niveau humain

« Vous entrez dans un univers qui vous aidera en tant qu’humain et en tant que journaliste » ,explique Edwin Malboeuf. En étant journaliste activiste, l’objectif est de renouer avec le terrain, ce qui permet de « rencontrer davantage de sources ». Pour Matthew Caruana Galizia, être activiste permet d’aller plus loin dans ses enquêtes sans abandonner au premier obstacle, surtout quand il est question du milieu politique.

Sans activisme, les journalistes devraient « se contenter de ce que le gouvernement veut bien leur dire », ce qui irait à l’encontre du journalisme « contestataire de l’ordre établi » tel que défini par Edwin Malboeuf. Ne pas être activiste reviendrait alors à ne pas faire son travail de journaliste.

Audrey DE QUINA

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