Danseurs et danseuses : des inégalités de genre face aux blessures

Les inégalités hommes-femmes sont de plus en plus pointées du doigt dans de nombreux domaines, mais existent-elles toujours quand il est question de santé ? En danse classique, la réponse est oui.

Là où les portés abîment le dos des danseurs, les pointes dégradent les pieds des danseuses. Photo DR

Parler d’inégalités ne veut pas nécessairement dire inégalité dans la quantité de blessures, mais plutôt inégalité dans le type de blessure des danseurs et danseuses.

Si l’on se concentre sur la fréquence des blessures, celle-ci reste identique, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. D’après une étude suédoise, reprise par l’Université de Genève, la fréquence des blessures dans une troupe de danse classique est de 0.62 blessure pour 1000 heures, soit un peu plus de 5 blessures par an.

La zone pied-cheville à risque chez les danseuses

La zone la plus fréquemment impactée est la région du pied-cheville qui comptabilise 62% des blessures chez la femme et 46% chez l’homme, comme expliqué par la Haute École de Santé (HEdS). Ces chiffres prouvent l’existence d’une première inégalité, avec la contrainte du port des pointes pour les femmes.

Les blessures, et parfois déformations, subies par la région pied-cheville peuvent prendre plusieurs formes, à commencer par celle de l’entorse. D’après l’HEdS, « l’entorse représente 14.9% des blessures pour les femmes et 12,1% chez les hommes. »

Après des années de pratique, des pathologies peuvent se développer, comme celle du hallux valgus. Il s’agit d’une déformation du pied, principalement causée par les pointes, c’est-à-dire propre aux danseuses. Plus précisément, l’hallux valgus est un excès d’angulation du gros orteil, dont la désaxation dépasse les 25°. Toujours d’après l’HEdS, Jusqu’à 89% des danseuses de ballet sont victimes de cette pathologie.

L’impact sur les genoux et le dos des danseurs

Pendant que les pieds des danseuses souffrent, c’est au tour des genoux des danseurs d’être mis à mal. De toutes les blessures au genou, 74% sont subies par les danseurs masculins. Habituellement, ces blessures se manifestent sous la forme de ligaments croisés, de luxations de la rotule ou de traumatismes au niveau des ménisques. 

Si le genou souffre autant chez le danseur, c’est parce qu’il joue le rôle d’amortisseur lors des sauts du danseur, en prenant l’onde de choc de bonds dépassant un mètre de hauteur.

Autre partie du corps mise à l’épreuve : le dos. Hommes et femmes confondus, « 17% des blessures sont localisées dans la région du dos », précise l’HEdS. Pour les danseurs, qui font les portés, les douleurs du bas du dos ainsi que les sciatiques sont souvent diagnostiquées.

Des solutions en vue

D’après l’Université de Genève, les chaussons des danseuses pourraient être grandement améliorés, demi-pointes comme pointes, si le monde du ballet classique était moins conservateur et davantage enclin au changement. Pour les hommes, il est plus difficile de visualiser des solutions si ce n’est une modification des exercices demandés.

En se basant sur le témoignage des danseurs et danseuses, l’HEdS conclut que, dans ce milieu, « la carrière tient sur un équilibre entre le plaisir de danser et les douleurs physiques ainsi que psychiques accumulées durant la vie professionnelle ».

Audrey DE QUINA

Laisser un commentaire