[RCC] BD et cinéma : « quasiment les mêmes métiers »

Brrémaud, Labrémure, ou encore Lili Mésange, plusieurs pseudos pour un seul homme : Frédéric Brémaud. Ce scénariste de bande-dessinée de 50 ans était membre du jury des 36ᵉ Rencontres Cinématographiques de Cannes, dans laquelle se mêlent 7ᵉ et 9ᵉ arts.

Frédéric Brémaud réalise actuellement la BD intitulée LOVE avec le dessinateur Federico Bertolucci. PHOTO : A.D.Q.

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a proposé de faire partie du jury des RCC ?

« J’étais content parce que je trouve qu’il y a plein de passerelles à tirer entre les différents arts. Mais j’étais un peu anxieux quand même, je me demandais bien ce que moi, de la bande-dessinée, je pouvais raconter sur des films. J’aime bien le cinéma, mais je ne suis pas non plus une encyclopédie. Je suis un peu largué aujourd’hui par rapport au nouveau cinéma. Mais hier après avoir vu La Nouvelle Femme, je me suis rendu compte que même si mes termes sont plutôt liés à la BD, finalement ça veut un peu dire la même chose. »

Êtes-vous inspiré par le cinéma ?

« Oui totalement ! Par exemple, les films de Sergio Leone m’ont donné le déclic pour un projet de BD de western à venir. J’adore les scénaristes de ses films, tels que Furio Scarpelli par exemple. Quand on voit Le Bon, la Brute et le Truand, qu’il y a plusieurs intrigues en même temps, un fond, des films qui sont longs : là, c’est la classe de la classe. C’est exactement ce qui me plairait si je faisais du cinéma. Par contre, je n’aime pas du tout les films Marvel où les personnages ne sont pas du tout construits. En ce moment, le comics est tellement perçu comme étant du super-héros, que ça empêche d’autres auteurs de BD américains de sortir de cette image. Et les gens du milieu commencent à en avoir un peu ras-le-bol de ces super-héros. »

Qu’est-ce qui lie la BD au cinéma ?

« Au niveau de l’émotion, c’est la même chose : il suffit d’être happé par un univers pour que la BD ou le film deviennent intéressants. Quand on regarde mon scénario de BD, c’est-à-dire descriptions, dialogues, et à côté la grille avec le story-board, finalement, c’est très proche du cinéma. En fait, on fait quasiment les mêmes métiers : les fonds sont les mêmes, c’est seulement la forme qui diffère. Certes, il nous manque la musique, mais on a aussi des choses en plus. Selon moi, le spectateur a un rôle plus passif comparé au lecteur. En BD, on laisse plus de place à l’imagination, comparé au cinéma où tout est montré. Et concernant le rôle de scénariste au cinéma, c’est un peu être la cinquième roue du carrosse, comparé à la BD où le scénariste dirige. »

L’avenir du cinéma inquiète, mais qu’en est-il de celui de la BD ?

« Dans la BD, le risque, c’est qu’il y a un trou générationnel, à savoir que les jeunes lisent beaucoup de mangas. Le problème, c’est que les mangas comme les comics américains peuvent être téléchargés gratuitement. Mais en BD, il reste un noyau dur de lecteurs plus âgés qui veulent l’objet, donc je ne considère pas vraiment la BD comme étant en danger. »

Quelle BD aimeriez-vous voir transformée en film ?

« Il se trouve que j’ai fait Les Vacances de Donald avec Frédérico Bertolucci. C’est une BD muette réalisée avec des techniques des années quarante-cinquante, c’est-à-dire tout à la gouache. De le voir animé, ça serait super, surtout que cette BD est déjà assez dynamique. »

Recueillis par
Audrey DE QUINA & Théo BOISSONNEAU

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