500 pins de Turquie pour une forêt plus résistante

La commune de Tournefort, dans les Alpes-Maritimes, expérimente une plantation de pins de Turquie depuis le début de l’année. L’objectif est de créer des forêts « mosaïques » afin de lutter contre les conséquences du réchauffement climatique.

Les jeunes pousses de Pinus Brutia ou « Pins de Turquie » disposés sur le contrefort d’une colline à Tournefort. / Photo  Aurélian Marre

Entre inondations et feux, la région Sud-Paca est en première ligne du changement climatique. Pour que sa forêt résiste au mieux, la municipalité de Tournefort, aidée par le Département, a investi quasiment 12 000€ dans ces Pinus Brutia qui ont la particularité d’être des essences coriaces. Comprenez par là que le Pin de Turquie peut supporter à la fois les épisodes de froid inhérents aux hivers de la vallée de la Tinée mais aussi les pics de chaleur attendus pour le milieu du siècle. « L’idée, c’était de trouver, avec nos laboratoires de l’Office national des forêts (ONF), des essences qui vont supporter les conditions climatiques de 2050″, explique Jean-Guy Peyronel, responsable de la parcelle de Tournefort pour l’ONF. Une vingtaine d’espèces ont été présélectionnées, mais c’est le Pin de Turquie qui l’a emporté, en raison de sa compatibilité avec les pépinières environnantes.

« Le forestier, il travaille toujours pour ses petits-enfants« 

Pour Jean-Guy Peyronel, son métier est l’exemple même de l’altruisme : « le forestier, il travaille toujours pour ses petits-enfants ». Et le lopin de terre de 0,5 hectare en est l’illustration : « les premiers bénéfices des 500 pins de Turquie ne se verront que dans un siècle, voire 150 ans », selon le salarié de l’ONF. Et ce, si les Pinus Brutia ne dépérissent pas avant : « on sera en mesure de déterminer si on peut garder ces pins dans 10 ou 15 ans, d’ici là, on les aide et on les protège avec des filets antiprédateurs ». Au milieu d’autres pins, Sylvestres eux, les 500 Brutia ont aussi le rôle de former une forêt « mosaïque », c’est-à-dire de plusieurs espèces. L’objectif est que « si une essence meure, l’autre peut prendre le relais », commente Jean-Guy Peyronel.

La plantation (en rouge) de ne représente qu’une infime partie de la forêt communale (en vert). / Photo Aurélian Marre

Bichonnage d’arbres

Pour cette expérimentation, tout a été mis en œuvre pour l’épanouissement des pins de Turquie. Le forestier explique : « on a gardé un peu de couvert, un peu d’arbres, pour accompagner les jeunes plans de pins. Les deux ouvriers qui ont travaillé deux semaines n’ont pas fait une coupe rase. Un plan, c’est 20€, ce qui est très cher par rapport au Nord-Est où l’on peut en avoir pour 5€ ». Un soin particulier pour que la forêt puisse lutter contre le réchauffement climatique. Présent actuellement, le pin Sylvestre ne résisterait pas aux températures de 2050. Mais aussi dans l’optique de vendre ce bois : « dans la région d’où viennent les graines du Pinus Brutia, une région similaire en conditions climatiques que Tournefort en 2050, nous savons qu’ils s’en servent comme du bois de charpente. »

Un intérêt pécuniaire mais surtout environnemental

Jean-Guy Peyronel ajoute : « dans 100 ans, si les bois sont rentables, qu’on les coupe et les exporte, c’est la commune qui récupérera l’argent. Mais c’est surtout qu’on ne va pas regarder nos forêts crever, parce que d’après les prévisions, dans 30 ans, tous les arbres que vous voyez dans le secteur seront morts ». Le membre de l’ONF enchaine avec un constat empli de désarroi : « le réchauffement climatique pour nous les forestiers, ce n’est vraiment pas de la blague. C’est une catastrophe. Dans le Nord-Est, où j’ai travaillé, il y a des coupes rases de 500 hectares, il n’y a plus rien. Dans le Jura, ils ont aussi des problèmes avec le sapin, donc on s’inquiète vraiment, c’est en train de mourir.  » Problème, le nombre d’essences résistantes comme le Pin Turc est, qui plus est, limité : « Il n’y a pas tellement de choix, surtout quand on veut des arbres qui feront de la production à l’avenir. » L’import d’essences semble devenir nécessaire pour assurer la pérennité de nos forêts. Les 165 habitants de Tournefort pourront au moins se vanter d’avoir été des précurseurs.

Aurélian MARRE et Flavie VEILLAS
édité par A.M.

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