À la croisée entre la natation et le handball, le water-polo est réputé pour sa difficulté physique. Derrière cette caractéristique se cache une organisation millimétrée de chaque journée et entraînement. Plongée au cœur de la méthode de préparation de Jovan Cakic, coach de l’Olympic Nice Natation.

« Quand on est entraîneur, le repos n’existe pas », concède Jovan Cakic, le coach de l’Olympic Nice Natation Water-polo. Nommé au début de la saison 2023-24, l’ancien joueur du club a abordé son procédé de travail. Et par la même occasion, celle de l’équipe niçoise, pensionnaire du championnat Élite, la première division française. Connu du grand public comme un sport très énergivore – « ce qui est bien le cas », selon Jovan Cakic – il l’est en revanche beaucoup moins pour la discipline de travail qu’il requiert. « On s’entraîne deux fois par jour quasiment tous les jours de la semaine. Quand vous êtes entraîneur, vous n’avez pas le temps de souffler, il faut penser aux joueurs, à la tactique, à la vidéo analyse, etc. », souligne le technicien niçois.
Mais le water-polo n’est pas non plus qu’une question de physique. « Lorsqu’un joueur arrive vers 22 ans, il peut jouer en équipe première, explique le coach. On lui demandera tout le temps une base physique certes, mais aussi tactique et technique. Si le joueur n’a pas le sens du jeu et ne s’adapte pas à notre système basé sur le mouvement, le jeu rapide et l’intensité, il ne peut pas jouer avec l’équipe A en Élite. Si quelqu’un dispose uniquement des bases de natation, mais n’a pas le sens du jeu, c’est mort, et c’est la même chose avec un joueur qui a le flair, mais qui n’est pas assez endurant et solide des bras. » Voilà ce qui rend le water-polo particulièrement sélectif.
Séances de musculation et analyses vidéo
Seul club en France à placer une équipe féminine et masculine en première division, l’Olympic Nice Natation (ONN) peut se targuer d’un suivi de A à Z pour ses joueurs. « Le planning d’entraînement peut varier, mais pour préparer un match, on travaille bien sur la nage avec des allers-retours, mais aussi notre système de jeu dans l’eau et en analyse vidéo. » Par exemple, pour le match contre Taverny, remporté 13-6 par Nice, Jovan Cakic a étudié les failles de l’adversaire, en étroite collaboration avec l’analyste vidéo. « J’ai moi-même regardé l’ensemble de leurs matches depuis le début de la saison. Et nous avons repéré, avec les joueurs, le comportement offensif et défensif de l’adversaire, leurs forces et surtout leurs faiblesses. J’essaye de faire en sorte que ces sessions ne durent pas trop longtemps pour éviter l’ennui, cela dure 15-20 minutes. »
Une pratique que l’on retrouve dans d’autres sports collectifs comme le football, le basket, le rugby ou encore le handball, mais qui reste assez rare dans un sport moins médiatisé comme le water-polo. Loin d’être le seul atout de l’ONN, l’analyse vidéo est couplée à des séances de musculation régulières pour travailler le physique hors de l’eau. « On dispose aussi d’un coach de musculation qui est un peu notre préparateur physique. On essaye de faire des séances selon la charge de matches dans la semaine. Généralement, on arrive à en faire une dans la semaine », développe Jovan Cakic.

VMA et aérobie pour tester les joueurs
En-dehors des ces séances particulières de musculation et de vidéo, restent les « classiques ». Celles-ci sont composées de tests physiques et de travail technique en vue du match du week-end. « Dans une semaine où l’on n’a pas de rencontre, on va faire pas mal d’exercices physiques de VMA (vitesse maximale aérobie). Ce ne sont pas des longueurs comme à la natation, ce sont des distances plus courtes, mais c’est plus intense. Si l’on a un match qui arrive, on va davantage travailler le shoot ou la passe, et les combinaisons pour ne pas trop se fatiguer », explique l’entraîneur de l’ONN.
« Après, il y a aussi le côté extra-sportif, je regarde aussi comment un joueur se comporte, je note ses horaires d’arrivée à l’entraînement, j’étudie son rythme de nage, etc. » Une discipline quasi-militaire qui ne laisse rien au hasard, et requiert une concentration maximale, « c’est du non-stop », avoue Jovan Cakic. Telle est la rigueur nécessaire pour pratiquer, qui plus est à haut niveau, ce sport qui compte seulement 13 000 licenciés en France.
Aurélian MARRE
édité par A.M.
