Réfugié soudanais, Hamad Gamal vit en France depuis 2017. Plus qu’y vivre, il s’y intègre et y travaille, après un parcours pour le moins atypique.

Il y a des gens marqués par la vie et d’autres dont la vie marque. Hamad Gamal fait partie du second groupe. Arrivé en France en 2017, le Soudanais a obtenu le droit d’asile et le statut de réfugié. D’un Français déjà très correct, il fait part de son périple. « En 2011, je suis devenu militant en arrivant à Khartoum, la capitale, pour mes études. J’ai fait partie d’un mouvement étudiant pour un pays libre et démocratique. Ma vie a été menacée, j’ai l’ai sacrifiée pour le changement. »
Alors étudiant en philosophie, Hamad décide de tout quitter pour rejoindre la France, pour une raison bien précise. « L’Europe et la France, c’est les Droits de l’homme, c’est la liberté. » Pour le Soudanais, au style déjà bien français, la liberté a coûté 600 dollars. Le tout pour six mois de trajet en passant par la Libye, les Alpes italiennes et la Méditerranée. « Quand je parle avec d’autres immigrés, je me dis que, pour moi, ça a été relativement facile et rapide. J’ai été chanceux. »
Une lettre au Parlement européen
Mais le jeune militant va vite déchanter. « La réalité n’était pas la même que les discours de Droits de l’Homme que l’on entend au Soudan sur la France et sur l’Europe. Déçu de l’accueil des Français et des conditions de vie des étrangers, Hamad Gamal n’a pas hésité une seconde à envoyer une lettre au Parlement européen. Intitulée Nous vivons sous les ponts de vos belles villes, elle n’a pas reçu de réponse de politiciens.
Le Soudanais a aussi dû apprendre à vivre loin des siens. « À partir du moment où il y a un dictateur (Omar el-Bechir), c’est une raison suffisante pour partir […] mais je sentais en moi un peu de trahison, de lâcheté quand je suis parti. Il m’a fallu trois ans pour accepter que j’étais un exilé en France. »
Créateur d’un média franco-soudanais
Étudiant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, Hamad Gamal a aussi fondé en 2020 Sudfa, un média francophone sur l’actualité soudanaise. « Mon but était de me rendre utile, d’aider ceux restés au pays », souligne-t-il. Malgré la distance, le réfugié ne délaisse pas son pays d’origine « À terme, je veux ouvrir une maison culturelle au Soudan. » Pour l’heure, Hamad Gamal continue son acclimatation fulgurante en France. « Je compte demander la nationalité, je me sens chez moi ici. J’arrive à réfléchir en français plus qu’en arabe, c’est une raison suffisante pour rester. »
Travailleur social à la Fondation de Nice, pour les démunis, celui qui demeure encore pour l’instant sous passeport soudanais n’a qu’un souhait : « je veux être plus calme et serein dans ma vie, mais cela dépend de ce qu’il se passera au Soudan. » En proie à la guerre civile depuis avril, son pays sombre dans le chaos. Hamad Gamal y reste plus que jamais attaché, par-delà les mers et les monts.
Aurélian MARRE
édité par A.M.
