[RCC] « J’étais cette petite fille qui a vu la mort, et l’amour est au bout du voyage »

C’est l’un des rendez-vous traditionnels des Rencontres cinématographiques de Cannes (RCC). Au cinéma Les Arcades, une carte blanche a été donnée à Licange production. Sa dirigeante, Meï-Chen Chalais, a sélectionné trois documentaires maison dédiés à des monstres sacrés du cinéma.

Meï-Chen Chalais, mercredi 29 novembre à Cannes : « Le mandarinier est un symbole au Vietnam, c’est une bonne idée de faire la photo devant cet arbuste. » Photo A .N .

Comment avez-vous sélectionné les trois films de cette carte blanche ?

« Pour cette 36ᵉ édition, j’ai choisi des documentaires que j’ai produits récemment avec la société Licange Productions. Il y a Romy Schneider, Face à son destin, l’un des plus beaux films que j’ai faits et dont je suis très fière, Omar Sharif, Le Don Juan du monde oriental, qui s’inscrit parfaitement dans les enjeux politico-sociaux actuels. Et le dernier, c’est Jean-Louis Trintignant, Mystérieux et insaisissable. Il rend hommage à un homme que j’admire. Je fais des films sur les personnalités dont j’ai envie de parler, qu’ils soient vivants ou morts, je leur rends hommage. »

Quelle est la singularité de vos documentaires ? 

« Ces trois films font voyager. C’est un voyage d’amour, pas des films documentaires sans aucune émotion. Il faut les voir pour comprendre, c’est un format différent.  Je veux encourager les gens qui font des choses difficiles. Les films qui dépeignent la réalité du monde. On sélectionne les productions qui font passer un message. Mon mari, François Chalais, était un grand reporter. Pendant plus de 40 ans, il a donné la parole aux victimes de la guerre, à ceux qui ont une vie difficile. « 

Justement, qu’est-ce qui vous pousse à perpétuer la mémoire de votre mari ?

« C’est l’amour déjà, c’est sûr. L’amour ouvre sur tout et c’est la cause de l’entièreté de mon investissement. Chaque année, je décerne les prix François-Chalais pour récompenser le travail des cinéastes et des journalistes. J’y mets beaucoup d’énergie. Si je n’étais pas amoureuse, j’aurais abandonné depuis bien longtemps. »

Que voulez-vous que les gens gardent de François Chalais ? 

« Que c’était un grand reporter, un grand écrivain, un grand journaliste et un grand homme. C’était une merveille et les gens qui l’ont connu le gardent en mémoire. Mon mari était très généreux, il aimait parler avec des jeunes et les conseiller. Il prenait du temps pour aider les autres. Je lui rends hommage à travers les différents prix.  Il y a aussi beaucoup d’archives de François Chalais. Je travaille sur la mémoire de ce qu’il a laissé, tout en modernisant certaines images. Il m’a légué plus de 500 films, je suis le plus grand patrimoine de l’INA. Tous les gens qui font des films achètent mes archives, que ce soit Laurent Delahousse ou Frédéric Mitterrand. »

Quel est votre prochain projet ?

« Je commence un film de 90 minutes sur ma vie à travers le regard de ma mère qui m’a fait traverser les rizières de la mort au Vietnam. On a été sauvé par un Français lors de la guerre américaine. Il nous a rapatrié en France. Et grâce à eux, j’ai un demi-frère eurasien. C’est un long voyage entre le Vietnam et la France. J’étais cette petite fille qui a vu la mort. Et l’amour est au bout du voyage. « 

Alexandre Noisette & Lucie Verdier
édité par L.V.

Une réflexion sur “[RCC] « J’étais cette petite fille qui a vu la mort, et l’amour est au bout du voyage »

  1. Les documentaires de Meï-Chen Chalais, que je vois sur OCS, sont toujours attachants, son travail mériterait une plus large diffusion et une reconnaissance à part entière, au-delà de la carrière de François Chalais.

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