Sport olympique par excellence, l’athlétisme n’a pas la cote en France. Hors du top 10 des sports les plus pratiqués en 2023, peu de compétitions sont diffusées et le paysage médiatique spécialisé est assez pauvre. Entre le manque de visibilité et une fédération critiquée sur sa politique d’aides, la professionnalisation est un défi de taille pour les athlètes français.

L’athlétisme est suivi par 24% des amateurs de sports selon le site Statista, ce qui en fait le sixième sport le plus suivi en France. Mais cette forte audience est principalement due aux JO, où l’athlétisme est le sport roi. Cependant, un coup de projecteur tous les quatre ans ne permet pas aux athlètes de se faire suffisamment connaître, surtout pour ceux qui ne briguent pas les premières places. Sans reconnaissance, il devient difficile pour de nombreux athlètes de haut niveau d’obtenir un statut professionnel, et donc de vivre de leur sport. Christopher Morrissey, entraîneur de haut niveau du sprint au marathon, déplore un manque de garantie pour les jeunes athlètes de la part de la Fédération : » Il n’y a pas de vision pour un jeune qui souhaite se professionnaliser. Tout devrait être très clair pour savoir si c’est viable et rentable de s’investir dans une carrière d’athlète avec tous les sacrifices que cela implique et l’élitisme présent dans notre sport. «
Une vision élitiste
Le manque d’aides de la part de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) se poursuit jusqu’en catégorie senior regrette Christopher Morrissey : » Au niveau des aides, ça reste flou. Et ce que je déplore, c’est que ce sont les athlètes les plus » riches » qui ont le plus d’aides alors que ces athlètes ont déjà les aides de Régions, d’équipementiers et des contrats publicitaires. Ça veut dire que si tu es Kevin Mayer (double champion du monde) tu as tout et si t’es juste en dessous, tu n’as rien. »
Les 181 athlètes français placés sur les listes ministérielles de haut niveau sont classés dans six catégories différentes, leur octroyant plus ou moins d’aides. La condition pour obtenir un contrat de performance et un soutien par les Maisons régionales de la performance (MRP) est de faire partie du top 32 mondial. Plus l’athlète monte dans le classement, plus il est accompagné. Cependant, il n’y a pas d’indication sur le montant de ces aides. Cette différence de traitement entre les « stars » de l’athlétisme et les autres athlètes de niveau international est assumée par la Fédération.
Sur les 78 athlètes de la sélection française aux championnats du monde à Budapest en 2023, douze n’étaient pas accompagnés économiquement. Sur le plateau de France Télévisons, Romain Barras, directeur de la haute performance de la FFA, approuve cette stratégie élitiste : » Aujourd’hui, il y a 3,5 millions qui sont dans l’aide directe aux athlètes, on a des critères clairs d’accès à ces aides pour les sportifs. Mais aujourd’hui, ces moyens, il va falloir les cibler sur les meilleurs athlètes et sur nos chances de médailles. »

» On est livrés à nous-même. «
Certains athlètes font le choix de mettre leur carrière entre parenthèses pour raisons économiques. D’autres se libèrent du temps pour essayer de franchir des paliers dans leur carrière sportive, quitte à mettre en péril leur stabilité économique. C’est par exemple ce qu’a décidé de faire Donovan Christien, athlète de niveau international sur 5000m et sélectionné en équipe de France aux championnats d’Europe de Cross en 2022. Dans des propos relayés par le site Run’ix, l’athlète raconte son parcours jusqu’à sa récente signature chez l’équipementier On Running. » Jusqu’à la signature de mon contrat chez On, je dépendais essentiellement des entreprises privées et de mes parents. Ce qui m’a poussé à me professionnaliser, c’est surtout que je suis un vrai passionné de ce sport et de performance. L’athlétisme est un sport qui génère peu d’argent, avec peu ou même pas d’aides lorsque tu es dans le ventre mou. On est livrés à nous-même, avec une vraie difficulté à se professionnaliser. «
Haron LEVEAU
édité par H.L
