Les métiers de la photographie face aux progrès de l’intelligence artificielle

Au vu des capacités de certaines intelligences artificielles, le secteur de la photographie pourrait connaître l’arrivée d’une concurrence déloyale dans son domaine. Ou à l’inverse une aide pour continuer à se développer.

Image générée par une IA nommée : « Pseudomnesia, The Electrician », requête lancée par Boris Eldagsen. Photo DR Clubic.com.

L’Intelligence Artificielle, concurrente ou amie des photographes ?

En réalité, la distinction est plus complexe que ça. Certes, à première vue, les intelligences artificielles génératrices d’image peuvent être vues comme des concurrentes déloyales à la photographie classique : la réalisation est plus rapide, le coût de production peut être gratuit, et l’investissement en temps est souvent bien moins important. Oui, mais on ne peut pas retrouver dans une image créée par IA ce qu’on retrouverait dans une photographie classique.

Ou peut-être que si : les prouesses techniquesprogressent si vite que même des experts pourraient finir par s’y méprendre. En avril 2023, lors des Sony World Photography Awards, l’allemand Boris Eldagsen a remporté le prix de la catégorie créative, décerné par l’organisation mondiale de la photographie (World Photography Organisation). Fait inédit, son œuvre a été générée par une intelligence artificielle ! Boris Eldagsen l’a fait volontairement, pour montrer les dérives de ces nouvelles technologies.

Au moment de recevoir cette distinction, l’artiste allemand l’a refusée. Quelques jours après, Boris Eldagsen s’est exprimé à ce sujet, dans un article publié sur son blog : « Combien d’entre vous ont décelé qu’elle était générée par l’IA ? Quelque chose cloche, vous ne trouvez pas ? Les images de la main d’une IA et la photographie ne devraient pas être mises en compétition dans un événement comme celui-ci. Il s’agit de deux entités différentes. L’IA n’est pas de la photographie. C’est pourquoi je n’accepterai pas ce prix. » Si comme Boris Eldagsen certains artistes se méfient des intelligences artificielles et refusent de travailler avec, d’autres s’en servent comme outil majeur de production.

Production de Lionel Bayol Thémines générée par l’IA, répondant à la requête suivante : Expérimental “Stenopé“ Landscape photographs, histoire de la photographie du 20ème siècle, couleur + variables. Source : site Internet de Lionel Bayol-Themines.

« Mon appareil à moi, c’est mon ordinateur« 

Lionel Bayol-Thémines a 55 ans. Il est photographe, et enseigne à l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen. Depuis un an, l’artiste a changé ses types de production. Désormais, il réalise ses œuvres non plus depuis un appareil photo, mais depuis un ordinateur.

« Mon appareil à moi, c’est mon ordinateur » explique-t-il. Pour lui, ces productions ne peuvent pas être comparées à de la photographie classique : « je ne suis pas un photographe du réel, je me sers de la photographie comme outil ». Une technique « rigolote » selon lui, mais chronophage. Car la façon dont Lionel Bayol-Thémines utilise l’IA est très particulière. Il recherche en elles (les IA) des « bugs ».

Lorsque l’artiste veut créer une image, il leur pose des milliers de fois la même question, et analyse les propositions. Ainsi, pendant des heures, il peut s’amuser à rentrer des mots-clés, qui « doivent rester vagues » selon lui, et voir les évolutions des propositions. À force d’étudier ces phénomènes, l’artiste en est arrivé à une conclusion : « dès qu’on la nourrit trop avec les mêmes requêtes, elle ne sort plus de l’idée qu’elle s’est donnée, les propositions sont alors de moins en moins aléatoires. » Pour l’artiste, les dérives de l’IA peuvent quand même être problématiques dans le futur. Son utilisation à lui se veut totalement distincte de la photographie classique. Ses recherches sont d’ailleurs volontairement floues pour éviter tout point commun avec des productions d’intelligence artificielle.

Il conclut cet entretien par les mots suivants : « Il y a une forme de magie dans la création d’images. Moi, je crée des images irréalistes, elles ne cherchent pas à transmettre une information. Le gros problème, c’est qu’avec ces avancées maintenant, on peut tromper des gens avec les images, et ça ne va pas aller en s’atténuant. »

Gaspard LAGNEL
édité par G.L.

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