Dans les cinq premières villes étudiantes françaises (Paris, Lyon, Lille, Toulouse et Bordeaux), même constat : le nombre de logements abordables et convenables manque cruellement. Avec un budget toujours plus serré à cause de l’inflation et l’inaction du gouvernement : certains étudiants doivent trouver des alternatives.

Depuis la crise sanitaire et le début du conflit russo-ukrainien, une hausse record du coût de la vie complique les études des centaines de milliers de jeunes français. Courses, transports, habillement, électricité et surtout logement : ils sont touchés de plein fouet dans leurs dépenses quotidiennes.
Trop d’étudiants et pas assez de logements
Près de 3 millions d’étudiants font leur rentrée chaque année en septembre, selon Actu. Le marché de la location, complètement saturé, ne leur permet pas de tous se loger. Pas moins de 250 000 logements étudiants manqueraient en France, selon Franceinfo. Mais comment expliquer cette pénurie ? Le nombre de constructions n’a pas suivi l’augmentation démographique du nombre d’étudiants. Et, il devient de moins en moins intéressant pour les propriétaires de louer leurs biens immobiliers. Près de 17% d’offres de locations en moins sur le marché cette année, alors que la demande est en évolution de 12%, selon MoneyVox. Quant aux logements Crous, ils ne suffisent plus face à une demande toujours plus importante, et les non-boursiers ne sont pas prioritaires. Alors, pour ceux qui se dirigent vers d’autres types de locations : les sites de locations regorgent d’arnaques. Ils manquent également d’annonces d’appartements abordables et décents en termes de superficie et de services. L’isolation, la propreté et la localisation par rapport au lieu d’études étant primordiales.
Un accès inégalitaire aux logements
Lorsqu’une annonce correspond aux quelques critères de base des étudiants, ils doivent être très rapides pour déposer leur dossier. Les annonces ne restent en moyenne que 15 jours sur les sites de locations, selon MoneyVox. Les dossiers sont minutieusement inspectés. Les agences, comme les particuliers, sont de plus en plus exigeants. Les étudiants sont en concurrence et un tri injuste est effectué. Ce sont les parents avec les meilleures situations financières qui sont sélectionnés et qui obtiennent des logements pour leurs enfants. Et malheureusement, ce sont les villes étudiantes où la location est la plus chère qui disposent de la plus grande offre de formations. Pour un 37 m² non-meublé, c’est en moyenne 1105€ à Paris, 573 € à Lyon, 514 € à Lille, 436 € à Toulouse et 529 € à Bordeaux, selon UrbiExplore. Des prix qui creusent l’écart entre les étudiants qui possèdent une bonne situation financière et les précaires.

Parcoursup est responsable de cette course contre-la-montre
Très souvent, les futurs étudiants habitent loin de leur lieu d’études. Ces derniers doivent pouvoir se déplacer à tout moment, ce qui rallonge les démarches pour les visites. Il serait préférable qu’ils commencent leurs recherches le plus tôt possible. Mais, le « timing » est difficile à respecter à cause de Parcoursup. Selon l’Étudiant, 117 000 candidats n’avaient reçu aucune proposition d’admission avant le 15 juillet, alors que la plateforme autorisait l’accès aux réponses des vœux dès le 30 mai.
Des coups de pouces mis en place par les universités
Des tentes symboliques, pour alerter sur le mal-logement des étudiants de Bordeaux, ont été installées devant certains campus, selon France 3. “Le logement, c’est devenu un parcours du combattant. Le Crous ne dispose que de 10 500 logements pour 133 000 étudiants et sur le parc locatif privé, le loyer est de 582 €, ce que les bourses ne permettent pas de payer”, regrette Yanis, Jaillet, secrétaire général de l’Union Étudiante Bordeaux.
Dans le campus bordelais, sont également installés des bureaux de vie étudiante. Ils permettent d’accéder à des aides alimentaires, à des avances ponctuelles de découverts et à des accompagnements pour les démarches à l’obtention des aides sociales.
Les associations jouent un rôle essentiel
Une opération a été lancée cette année par l’association Crepaq. Elle a permis à 150 étudiants bordelais dans le besoin, d’obtenir des chèques d’un montant de 100 euros. Ces derniers sont offerts chaque mois. La somme peut être dépensée en monnaie locale (la gemme) dans certains commerces.
La banque alimentaire avait déjà distribué plus de 100 000 repas en septembre. C’est le nombre de repas qui avaient été distribués sur la totalité de l’année 2022, selon Actu. Un bilan très alarmant qui fait état de la privation des étudiants face à l’alimentation, privilégiant le coût de leur logement.
Les plus précaires trouvent des alternatives insolites
Les moins chanceux sont contraints de vivre au camping dans des tentes, des bungalows ou des mobil-homes, dans leurs voitures ou bien de se faire héberger « à droite à gauche » par des amis. D’autres, qui habitent plus près de leur ville étudiante, prennent le train tous les matins et tous les soirs. Une situation qui ne permet pas d’étudier dans de bonnes conditions et qui ajoutent des préoccupations supplémentaires à ces étudiants.
La réponse du gouvernement
Quatorze présidents d’universités avaient fait appel à la création d’une « allocation d’études » en septembre, dans une tribune publiée par Le Monde. L’objectif était de « juguler la pauvreté » et « faciliter le développement de l’autonomie » des jeunes, ainsi que leur accès à l’enseignement supérieur, selon Le Parisien. Un revenu universel pour les étudiants auquel s’est opposé le président de la République Emmanuel Macron, lors d’un échange impromptu dans la rue avec des jeunes à Paris, ce jeudi 19 octobre. « Il n’y a pas un pays qui aide plus les étudiants que la France sur le plan social. Je ne suis pas favorable à ce qu’on dise, à 18 ans, on a le droit à un revenu universel sans obligation », a-t-il assuré.
Romane PASSET
édité par R.P.
