JO 2030 : Comment transporter deux millions de visiteurs à travers les Alpes ?

Deux millions de spectateurs sont attendus pour les Jeux Olympiques de 2030 vendus comme “responsables et sobres”. Alors que la voiture représente encore la majorité des déplacements, renforcer un réseau de transports en commun aujourd’hui éparse dans les Alpes apparaît comme un véritable défi.

Les Alpes. Photo CC Jack Ryan

Seul dossier de candidature retenu par le Comité International Olympique, les Alpes françaises sont en bonne voie d’obtenir l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2030. Quatre sites sont envisagés : Courchevel (73), la région Briançonnaise (05), le Grand-Bornand (74) et Nice (06). Les présidents des régions Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) et Sud, assurent des jeux “sobres et responsables”. Le dossier de candidature met en avant l’expérience acquise par la France avec les Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris 2024.

Quand on sait qu’un bus rempli émet près de sept fois moins de CO2 qu’une voiture individuelle, on comprend pourquoi les transports en commun sont au cœur des ambitions régionales pour ces Jeux aux ambitions écologiques. Pour autant, la taille du réseau de transports en commun dans les régions concernées permet-elle d’accueillir des milliers de voyageurs envisagés ? À titre de comparaison, par jour, près de 10 millions de voyageurs empruntent le réseau de transport francilien contre seulement 220 000 et 150 000 sur les réseaux TER d’Auvergne-Rhône-Alpes et de la Région Sud.

Répartition des modes de transport pour les déplacements du quotidien :

Si les sites de compétition envisagés sont d’ores et déjà existants dans les Alpes françaises à hauteur de 85%, selon une étude de faisabilité du comité international olympique (CIO), le réseau entre ces lieux de compétition l’est-il ? Les connexions avec le réseau de transport sont très orientées vers la route. “Il suffit de voir l’A43 [autoroute reliant l’agglomération lyonnaise et l’Italie, NDLR] en hiver, c’est comme l’autoroute du Soleil en été : complètement saturée avec des bouchons”, déplore Olivier Longeon, conseiller écologiste de l’opposition à la région Aura. Dans les deux régions, la voiture est le mode de transport privilégié par près de 70% des usagers. “On a des voies ferrées qui arrivent dans les vallées Alpines et au-delà, il y a des ascenseurs alpins ou des funiculaires qui montent dans les stations. Mais c’est quand même mal desservi et tout le temps saturé”, poursuit l’élu inscrit à la commission des transports.

770 millions et 5,7 milliards d’investissement pour les régions Sud et Auvergne-Rhône-Alpes

Clément Beaune, ministre des Transports, a annoncé le 1ᵉʳ décembre dernier un plan de 770 millions d’euros pour la région Sud : “d’ici à la fin du quinquennat”. Une annonce qui intervient deux jours après que les Alpes soient la seule candidature retenue pour les JO. Ce plan est réparti à hauteur de 44% pour le ferroviaire, 25% pour le portuaire, 23% pour le routier et 6% pour le vélo. Parmi les projets envisagés, on compte un RER à l’étude sur l’agglomération de Nice et de Marseille, plus de trains sur l’axe Marseille, Toulon, Nice des lignes régionales sur l’arrière-pays, la pose de connexions électriques sur les grands ports de la région, la création de voies de bus sur les autoroutes et d’aires de covoiturage. Le plan est financé à moitié par la Région Sud et l’État avec 385 millions sécurisés pour chacun. D’après Renaud Muselier, ces premiers investissements permettent un “effet levier, d’aller chercher des financements auprès des collectivités locales, de l’Europe, de SNCF Réseau…”. Une loi d’exception pour les Jeux Olympiques est aussi envisagée pour déterminer les moyens financiers et réglementaires nécessaires.

Répartition du plan de financement des transports de la région Sud : 

En région Auvergne-Rhône-Alpes, un plan de 5,7 milliards d’euros a été annoncé le 20 octobre dernier par Laurent Wauquiez. Un montant réparti chaque année jusqu’à 2035. L’objectif annoncé de ce plan est d’augmenter d’un tiers le nombre de passagers dans les trains (300 000 contre 220 000 quotidiennement en 2023). Cela passe par l’achat de 130 nouvelles rames pour 60 000 places en plus sur l’ensemble du réseau, un investissement à plus de trois milliards. Le plan prévoit aussi l’installation de 6000 places de vélo pour porter leur total à 10 000 et favoriser le “vélo-train”. D’autres annonces ont aussi été faites mais aucune ne concerne spécifiquement les Jeux Olympiques ni les connexions vers les sites prévus. Vincent Jay, biathlète à la retraite et directeur de projet des jeux d’hiver pour la région Auvergne-Rhône-Alpes affirme dans un échange de messages “qu’il est trop tôt pour ces questions, nous sommes aux prémices de la candidature”. Il poursuit : “Le comité d’organisation – et par extension son pôle transport – sera créé en 2024 à l’automne. Laurent Wauquiez a critiqué le manque d’apports financiers de l’État dans ce plan.

9 h 40 entre Briançon et Courchevel contre 8 h 25 à vélo… le ferroviaire peu séduisant

Les connexions entre les quatre sites prévus (Le Grand Bornand, Courchevel, Briançon et Nice) sont éparses si l’on veut utiliser des moyens de transports plus décarbonés. Il faut compter entre 4 h 35 au plus court entre Courchevel et Le Grand-Bornand et jusqu’à 8 h 20 entre Nice et Le Grand-Bornand d’après le site SNCF connect. Sans compter le nombre de correspondances et les retards probables. Dans certains cas, il est plus rapide de prendre le vélo entre Courchevel et Briançon (9 h 40 avec deux correspondances) contre 9h d’après le calculateur Google Maps ! Du côté de l’étude de faisabilité du CIO, on prévoit la mise en place de navettes, notamment avec les grands pôles de connexion : Genève, Lyon, Grenoble… Des infrastructures temporaires 

Le biathlète Martin Fourcade, quintuple champion olympique, qui pourrait avoir un rôle au sein de l’organisation des JO 2030 s’est exprimé dans Le Figaro : “Je suis persuadé que nous avons une grande responsabilité pour offrir des jeux très différents de ceux auxquels j’ai pu participer en tant qu’athlète, que ce soit notamment à Sotchi ou à Pyeongchang. C’étaient des Jeux incroyables, mais qui ne répondent plus aux problématiques environnementales et sociales actuelles.”. 

Les critiques s’élèvent

Si les plans de financement du développement des transports en commun sont favorablement reçus par les associations écologistes, ses limites sont soulignées. L’élu écologiste Olivier Longeons critique une enveloppe budgétaire trop faible : “Si l’on veut être prêt en 2030 pour des JO verts, c’est deux fois plus qu’il faut investir !”. Plus radical, Hugues François, expert du Groupe Régional d’Experts sur le Climat (GREC) des Alpes, est tranché sur l’organisation des Jeux Olympiques : “Le mieux pour la planète, ce serait pas d’évènement du tout.”. L’expert en aménagement des régions montagneuses regrette de ne pas se focaliser sur un changement de modèle. Mais il reconnaît que certaines avancées peuvent être obtenues même s’il ajoute “C’est dommage d’attendre les JO pour enfin se bouger”. 

Nombre moyen de visiteurs des JO d’hiver : 

Le collectif NO JO s’est mobilisé contre cette candidature. Son porte-parole, Stéphane Passeron, ancien skieur de fond professionnel, déclare : “les entreprises mettent de l’argent parce qu’il y a les JO 2030, mais s’il n’y avait pas ce prétexte, ils ne mettraient pas d’argent dans les transports.” Selon lui, les infrastructures ferroviaires ne seront pas prêtes à temps. Plus que le projet en lui-même, il regrette l’absence de consultation de la population des régions concernées, “si on n’écoute pas les gens, il ne faudra pas s’étonner s’il y a des dégradations”, ajoute Stéphane Passeron. D’autres associations de défense de l’environnement ont pris parti contre le projet. “3 millions de tonnes de CO2 en moyenne pour trois semaines de fête” selon le collectif Les soulèvements de la Terre. L’association qualifie les JO “d’une course menée par nos élus, les lobbys du ski et du BTP et quelques-uns de nos athlètes les moins scrupuleux et les plus aveugles sur la situation.” 

Titouan BOITEUX & Victor LETISSE-PILLON
édité par Gaspard LAGNEL

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