En un an, trois Australiens ont débarqué à l’AS Cannes Volley-Ball. L’investisseur, Craig Carracher, d’abord. Puis les internationaux James Weir (28 ans) et Matthew Kemp (20 ans), venus renforcer l’effectif cannois, qui aspire à remonter en Ligue A. Ces arrivées, symptomatiques du manque de développement de ce sport dans le pays des kangourous, sont-elles les prémices d’un virage australien pris par les Dragons ?
Il est 8 h 30 un mercredi matin, le soleil pointe déjà le bout de son nez et rayonne sur une résidence de Mandelieu-la-Napoule. Sur le parking, deux voitures du club de l’AS Cannes Volley-Ball attirent l’attention, par la taille des logos sur les portières. Ces dernières appartiennent à Matthew Kemp (réceptionneur-attaquant, 20 ans) et James Weir (central, 28 ans), deux joueurs Australiens du club. Ce matin-là, les deux amis sont déjà sur le qui-vive, prêts à… prendre le bateau pour une partie de pêche, activité très populaire en Australie.
Matthew Kemp arrive, le sourire aux lèvres et plein d’énergie : “Je suis en forme car je n’ai pas joué hier soir (mardi 6 février, contre France Avenir). Je vais pouvoir bien profiter de cette journée”, s’exclame-t-il avant de nous emmener à la rencontre de James Weir. Emmitouflé dans son survêtement à l’effigie du club, il savoure son café pour faire disparaitre la poche de cernes qui marque son visage : “C’est une semaine à trois matches pour nous, c’est assez fatiguant, mais ça fait partie du métier. Aujourd’hui, il n’y a pas d’entraînement. On va en profiter pour aller pêcher autour des îles de Lérins et se ressourcer avant le prochain match, dans trois jours”, glisse James Weir.

La veille, l’AS Cannes affrontait la jeune équipe de France Avenir 2024, qui regroupe les jeunes prospects du volley français. Si Matthew Kemp, originaire de Brisbane, est resté sur le banc des remplaçants, James Weir a réalisé un match complet. Ses 10 points et 3 blocks ont eu un impact prépondérant dans la victoire cannoise. Les deux Australiens ont rejoint la Côte d’Azur cet été pour solidifier l’effectif cannois. À seulement 20 ans, Matthew Kemp a posé ses valises pour la première fois en France : “Je n’étais jamais venu en Europe avant. C’est très différent de l’Australie. J’adore vivre ici, ça se passe très bien. Ma famille était très excitée, mais aussi très triste de me voir partir. Heureusement, ils arrivent dans un mois pour mon anniversaire et j’ai hâte de les revoir”, explique celui qui a passé trois ans au Junior National Program, le centre de formation australien.
Avec James Weir, leurs deux maisons au sein de la résidence ne sont séparées que de quelques mètres : “Pour mon arrivée, c’est rassurant d’avoir un autre Australien dans l’équipe. Nous nous sommes déjà côtoyés en équipe nationale. Et forcément, ici, on fait beaucoup d’activités tous les deux”.
« Si tu veux devenir volleyeur professionnel, tu dois partir à l’étranger«
Si les deux joueurs sont bien intégrés dans l’équipe, le mal du pays se fait cependant parfois ressentir : “En ce moment, c’est l’été en Australie. On pourrait faire pas mal d’activités. Ça fait longtemps qu’on n’est pas rentrés voir nos proches”, s’accordent les deux hommes. Leur arrivée en France peut s’expliquer par un faible niveau du volley-ball australien, qui ne possède pas de ligue professionnelle. Le volley ne figure même pas parmi les dix sports les plus populaires en Australie. Et en regardant de plus près le nombre d’étrangers qui évoluent dans les trois ligues de volley professionnelles français (LAM, LBM et LAF), seuls quatre joueurs sont Australiens.

Sur place, la situation s’améliore et la fédération œuvre pour le développement de la discipline : “Si tu veux devenir volleyeur professionnel, tu dois partir à l’étranger. Je pense que le volley-ball en Australie prend de plus en plus d’importance, mais on est encore loin des plus gros sports. Chez les hommes, il doit y avoir entre 15 et 20 joueurs Australiens en Europe. Ce n’est pas beaucoup. C’est une première raison qui peut expliquer ce constat”, explique James Weir, qui émerge entre les rayons du soleil.
Chez les Dragons cannois, James Weir a pleinement gagné sa place de titulaire aux côtés d’Omar Biglino en central. S’il reste légèrement moins performant que son coéquipier italien (voir infographie interactive ci-dessous), sa présence physique n’en reste pas moins importante. De son côté, Matthew Kemp n’a pas encore gagné sa place dans l’effectif et continue de progresser au centre de formation : “Je comprends qu’avec mon niveau comparé à la forme de l’équipe, me laisser sur le banc est la meilleure solution. J’ai du temps de jeu avec le CFC (Centre de Formation de Cannes). Donc être sur le banc et encourager les copains, c’est ce que je peux faire de mieux pour l’instant. Il n’y a aucun problème pour moi”, assure le jeune Australien.

Matthew Kemp est apprécié pour son travail sans relâche : “C’est un bon gars. Il s’est bien adapté à la culture française, il essaye d’apprendre la langue. Je pense qu’il peut réussir, il a de belles qualités physiques. C’est quelqu’un qui travaille beaucoup. Il s’est bien intégré au groupe”, témoigne Malo Foncarnier, qui dispute également la plupart de ses minutes au CFC.
Craig Carracher, l’investisseur australien qui veut relancer Cannes
Arrivé en janvier 2023, Craig Carracher est venu tout droit d’Australie pour investir dans l’AS Cannes, en proie à des difficultés financières après sa relégation en Ligue B à la fin de la saison 2021-2022. “On veut remettre Cannes sur la carte du volley mondial en faisant de l’ASC un club leader en Europe”, promettait alors le nouvel investisseur australien, en mars 2023, sur RMC Sport.

Mais Craig Carracher n’est pas totalement étranger au volley-ball, loin de là. Le businessman est le président de la fédération australienne de volley, mais aussi membre de la FIVB (Fédération internationale de volley-ball), l’instance internationale. “Je suis sûr que mes relations avec l’Australie seront positives pour Cannes”, lançait-il. De là à faire de l’AS Cannes un mini-Canberra (la capitale australienne) et ainsi accueillir de nombreux joueurs venus de Down Under ? “On a des discussions avec des volleyeurs australiens”, admettait Craig Carracher en mars. “Je ne parlerai pas de tête de pont pour l’équipe nationale, mais c’est une opportunité pour eux (…) Nous nous intéresserons avant tout à l’intérêt du club, pas du joueur ou de l’Australie. Cette décision de recruter sera prise par les entraîneurs, je n’interférerai pas du tout dans ce domaine.” Avant son arrivée, il avait déjà rencontré James Weir dans le cadre de la sélection nationale : « Je l’ai rencontré avant de venir. J’ai eu quelques contacts brefs avec lui concernant le projet à l’AS Cannes, mais c’était très bref. Il ne m’a pas dit “ok, il faut que tu viennes !”, assure le central cannois.
« Matthew Kemp est triste, car ils ont interdit la pêche »
Malgré tout, après son arrivée, deux Australiens ont posé leurs valises à Cannes, et ce n’est pas uniquement pour faire de la pêche. Si James Weir et Matthew Kemp peuvent garder le sourire au vu du classement de l’AS Cannes Volley, actuel leader de Ligue B, une nouvelle vient ternir leur séjour en France : “Ils ont interdit la pêche dans leur résidence, ils doivent aller plus loin en bateau. Matthew Kemp est triste à cause de ça”, conclut Malo Foncarnier en plaisantant. Alors que les play-offs arrivent à grands pas, les deux grands Australiens ont à cœur de faire remonter l’AS Cannes dans l’élite du volley français.
Aurélien DUFOUR & Romain HENRY
