Sports féminins en Afrique : une nouvelle carte à jouer pour les médias

À Tours, lors des Assises internationales du journalisme, le mardi 26 mars, le sport féminin en Afrique a été mis en avant. Vecteur d’une nouvelle audience, il s’installe à petites foulées dans les rédactions sportives africaines : un enjeu majeur pour son développement.

Selon Canal France Internationale (CFI), l’agence française de développement médias, le sport féminin représente 4% de la couverture médiatique dédiée au sport au niveau mondial. Photo CC libre de droit

En 2021, lors du lancement de son média, TAJA SPORT, dédié au sport féminin en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (MENA), personne ne croit au projet d’Aziza Naït Sibaha. La journaliste de France 24 fait face à de nombreuses réserves. « Tout le monde me disait ‘Le sport féminin, ça n’intéresse personne’ », raconte-t-elle lors d‘une conférence intitulée « Le journalisme de sport vu du Sud de la Méditerranée », mardi 26 mars, dans le cadre des Assises internationales du journalisme de Tours

Trois ans après sa création, TAJA SPORT compte 63 000 abonnés sur Facebook et met en avant les sportives de la région MENA par le biais d’un magazine bilingue arabophone et francophone. Le média touche un nouveau marché et apparaît comme une offre médiatique innovante. Depuis la naissance de TAJA SPORT, il y a eu la Coupe d’Afrique des Nations féminine (CAN)les Lionnes de l’Atlas, l’équipe nationale féminine du Maroc, s’est qualifiée en finale de la compétition.

« Cette CAN a montré une chose commune à tous les sports puisque lorsqu’elle a eu lieu, beaucoup de médias s’y sont intéressés, ont mis en avant le parcours des Lionnes. Et les stades ont affiché des records de public », indique Aziza Naït Sibaha. Mais elle l’assure, « ce n’est pas parce que le Maroc est arrivé à un stade avancé de la compétition que les gens s’y sont intéressés, mais parce que les médias en ont parlé ». 

« Il y a une barrière à casser« 

Entourée de trois de ses confrères masculins, la journaliste de sport met l’accent sur la responsabilité des médias dans la représentation de la diversité des sports. « Aujourd’hui, en tant que médias, sur tous les sports et encore plus dans les sports féminins, on se doit de dire que même si une discipline ne va pas apporter le même trafic, la même audience, il faut quand même y aller, car il y a une barrière à casser », explique-t-elle. Un constat partagé par Frédéric Suteau, rédacteur en chef adjoint du service des sports au sein de Radio France Internationale. « Notre rédaction a couvert la coupe du monde féminine de foot en Australie, la CAN féminine, et on a des retours très positifs. On sent que les choses bougent », témoigne-t-il. La carrière d’Assmaa Niang, judokate marocaine, montre l’impact des médias sur un sport et une athlète. Aziza Naït Sibaha a commencé à la suivre et à la couvrir médiatiquement à ses débuts. « Parfois, ce n’est pas gagnant tout de suite mais il faut penser à l’avenir et se dire que ça peut marcher », estime la journaliste qui a, par la suite, suivi les quatre titres de championne d’Afrique d’Assmaa Niang. A présent, « tout le monde la connaît car les médias ont couvert sa carrière, donc si on médiatise, il y aura du monde. Et, lorsque le public suit, il y a des sponsors et la discipline se développe. C’est un cercle vertueux », confirme-t-elle.

Selon l’UNESCO, « les médias ont tendance à représenter les athlètes féminines premièrement en tant que femme, et ensuite en tant qu’athlète. La couverture sportive joue un rôle puissant dans le façonnement des normes et stéréotypes liés au genre ».

Un marché d’opportunités

La nageuse sud-africaine, Tatjana Schoenmaker, la coureuse kenyane, Faith Kipyegon, ou bien la tenniswoman tunisienne, Ons Jabeur, font toutes les trois parties des athlètes africaines espoirs de médailles pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. Ces dernières cumulent respectivement 80 000, 180 000 et même plus de 1, 3 millions sur Instagram pour Ons Jabeur. Et pour cause, elles partagent régulièrement du contenu sur leurs performances ou encore leur quotidien. 

Une forme d’auto-médiatisation à défaut d’un manque d’intérêt des médias officiels, qui illustre la part de marché conséquente que peuvent représenter ces athlètes sur le plan économique. « Les médias de sports sont sur des marchés masculins qui arrivent à saturation. Il y a d’autres opportunités avec des millions de gens », témoigne la fondatrice de TAJA SPORT. 

« On pense d’une manière un peu vieillotte, en se disant que c’est le même public masculin qui va aller remplir les stades de foot féminin. La réalité, c’est qu’il y a un nouveau public qui va suivre », affirme celle qui a vu des familles, et des femmes de plus de 60 ans chanter dans les compétitions féminines. « Ouvrez les yeux. C’est un marché à conquérir, à aller chercher ! », s’exclame la journaliste qui veut dépasser les a priori. 

Flavie VEILLAS
édité par Suzie FICHOT

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