Vers une meilleure visibilité du handisport aux JO

À l’approche des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, la mise en avant du parasport et son traitement médiatique ont fait l’objet de débats aux Assises internationales du journalisme de Tours.

De gauche à droite : Julien Soyer, Laurence Pécaut-Rivolier, Guillaume Papin et Ryadh Sallem à la conférence “Parasport : le sport retrouvé”, le 27 mars 2024. Photo : Julien G. IPJT

Quels termes utiliser ? Le temps de diffusion est-il suffisant ? Les règles sont-elles claires pour les spectateurs ? À quatre mois des JO de Paris 2024, la place du sport paralympique a été mise en lumière aux Assises Internationales du journalisme de Tours, mercredi 27 mars. Lors de la conférence “Parasport : le sport retrouvé”, Pascal Parsat, expert du “vivre ensemble” à l’association Audiens, se réjouit que cette discipline “rentre naturellement dans nos quotidiens”. Mais selon l’ancien joueur de rugby fauteuil Ryadh Sallem, cela a pris du temps. “Avant, c’était encore une honte, même à mon époque, se rappelle Ryadh, aujourd’hui 53 ans. Certains préféraient s’abîmer dans des équipes non adaptées à leur handicap plutôt que de l’assumer”.

Et sur cela, aucun doute. C’est bien aux sportifs en situation de handicap que cette démocratisation profite le plus. Selon Julien Soyer, ex-champion pongiste et maintenant journaliste sportif à Ouest-France, cette popularité est forcément due à l’aisance qu’ont les joueurs maintenant, “et c’est beaucoup grâce à leurs proches qui n’ont plus peur de faire le nécessaire”.

Si le tabou est brisé au sein des familles, il est aussi brisé culturellement. Lors de la conférence, on parle de Rising Phoenix sur Netflix, Vestiaires sur France 2, et d’autres séries et films qui abordent le sujet du point de vue des parasportifs, avec un goût particulier pour l’autodérision. “Certains jours, il nous arrive de vivre des scènes tellement loufoques, qu’il vaut mieux en rire si on veut les surpasser”, plaisante à la table Julien Soyer, sur son quotidien de personne handicapée. Sur ce sujet, Ryadh Sallem le rejoint : “J’ai travaillé avec Jérémy Ferrari sur des blagues à ce propos, on écrivait des horreurs, mais ça passe !”, ajoute l’ancien rugbyman, qui entend aussi de plus en plus parler de handisport dans les médias.

Vers une meilleure couverture journalistique

La nouveauté des Jeux Olympiques de cet été, c’est que les 22 disciplines paralympiques seront toutes filmées et rediffusées. Une première internationale pour les JO. Pour Laurence Pécaut-Rivolier, conseillère à l’ARCOM (Autorité de Régulation de la Communication Audiovisuelle et Numérique), il était temps de s’améliorer : En 2012, à Londres, les parasports n’avaient eu que 5 minutes d’antenne cumulées”. Pour elle, il n’est pas seulement question de la diffusion, mais surtout de s’assurer que tout le monde puisse suivre la compétition. Pour cela, les sous-titres sont obligatoirement mis à disposition par les chaînes de télévision (hors cas exceptionnels comme le direct ou pour les chaînes d’information en continu).

Laurence Pécaut-Rivolier ne souhaite pas s’arrêter là. Elle veut développer les traductions en langue des signes en direct, bien que pas tant pratiquée que cela, mais aussi la vocalisation (audiodescription pour le sport). Cette dernière approche est encore peu connue, mais indispensable aux malvoyants pour comprendre une action. Nous aurons, pendant les JO, 7 heures de vocalisation par jour, une autre première mondiale !, se réjouit-elle.

Selon Ryadh Sallem, le problème est que le parasport est encore vu avec misérabilité : “On a le droit de ne pas toujours être des héros, avec beaucoup de courage ; des fois on foire juste nos matchs, comme n’importe quel joueur olympique”, se plaint-il. De son côté, le journaliste de France-Télévision Guillaume Papin avoue remarquer une différence éditoriale entre le traitement médiatique des sports valides et celui du handisport. Dans le premier, les comptes-rendus de matchs et les analyses sont favorisés, tandis que le deuxième met plus en avant des portraits ou des interviews. “La dimension sociale est encore trop présente, alors qu’on parle d’abord de sport !”, explique le reporter. S’il reste encore des progrès à faire, tous ont une grande confiance en la génération future. “On est forcés de constater que le nombre de handicapés dans les différents corps de métiers augmente, que les écoles les intègrent de mieux en mieux… Bref que la situation s’améliore”, conclut Julien Soyer, curieux de la suite.

Lili-Jeanne BLUTEAU
édité par Nathan BEAUFILS

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