JO de Paris 2024 : le spectacle au détriment du reste ?

À 120 jours du début des JO, Paris fait tout pour que l’événement soit exceptionnel et mette en valeur la Ville lumière. Les Parisiens et le sport, sont quant à eux laissés au second plan, ont relevé plusieurs chercheurs lors d’un débat aux Assises internationales du journalisme de Tours.

De gauche à droite : Isabelle Gaillard, maîtresse de conférence à l’université de Grenoble, Claire Blandin, professeure en Science de l’information et de la communication à la Sorbonne et Michaël Attali, professeur à l’Université de Rennes, lors des Assises internationales du journalisme, le 28 mars. Photo : T.B

Plus de 300 000 spectateurs assisteront à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques (JO) le 26 juillet à Paris. En 2016, le stade Maracanã n’avait pu accueillir “que” 78 000 personnes pour la première soirée des Jeux de Rio. Si la capitale française parvient à attirer autant de monde, c’est parce que cette cérémonie d’ouverture sera la première à être organisée en plein air, le long de la Seine, du pont d’Austerlitz au pont d’Iéna.

Un gigantesque défi en termes de sécurité – le nombre de spectateurs a d’ailleurs été divisé par 6 par rapport au projet initial – au service de l’élément moteur des Jeux : non pas le sport, mais le spectacle.

Un motif qui a toujours été prépondérant dans l’histoire des Jeux. “Il y a le sport bien sûr, mais les
cérémonies d’ouverture et de fermeture attirent énormément d’audience depuis les années 60”, confirme
Michaël Attali. Ce professeur de l’Université de Rennes participait, jeudi 28 mars, à un atelier sur “la
perspective historique des Jeux olympiques télévisés”, dans le cadre des Assises internationales du
journalisme organisées à Tours. Selon lui, la cérémonie d’ouverture est l’occasion pour la France de
montrer sa “magnificence”.


Les lieux mêmes des épreuves y contribueront grandement. Des disciplines urbaines, comme le
breaking ou le bmx, se dérouleront sur la place de la Concorde. Le stade « Tour Eiffel” accueillera le
volleyball de plage et le cécifoot (football à cinq, joué par des déficients visuels). Même les jardins du
château de Versailles seront investis, avec les épreuves olympiques et paralympiques d’équitation qui y
seront organisées. Au profit du spectacle toujours, certaines disciplines sont plus mises en avant que
d’autres. C’est le cas des sports extrêmes, plus impressionnants. Le BMX se déroulera par exemple les
1ᵉʳ et 2 aout à 20 heures, en “prime time”. Quitte à éclipser d’autres sports, au profit de l’audimat.

La grandeur de la France, l’arbre qui cache la forêt

Si le spectacle se veut le plus impressionnant possible, il masque différentes problématiques. Même si
Anne Hidalgo, maire de Paris, affirmait en février que “ce serait une connerie” de quitter la capitale cet
été, bon nombre de Parisiens pensent à se réfugier en province durant la période des Jeux, voire y sont
contraints, comme c’est le cas pour les plus de 2000 étudiants dont le logement est réquisitionné par
exemple. “En réalité, les Jeux traversent une forte crise depuis une dizaine d’années”, explique Michaël
Attali. “Dès les jeux de 1972 à Munich, la question du gigantisme de cette compétition s’est posée.
Pourtant, le Comité International Olympique [CIO] continue d’accueillir toujours plus de sports et toujours
plus d’athlètes”, ce qui soulève une question en termes d’organisation.


Certaines villes candidates ces dernières années pour accueillir les Jeux ont demandé par référendum à
leurs citoyens s’ils approuvaient ce choix. “À chaque fois, le peuple a dit non”, rétorque Michaël Attali. En
février 2017
, Budapest retirait par exemple sa candidature pour les Jeux de 2024 à la suite de la signature par
200 000 personnes d’une pétition qui s’y opposait notamment pour des raisons économiques. Le
mouvement étudiant Momentum à l’origine de cette pétition estimait que l’argent investi dans les Jeux
serait plus utile au développement de l’éducation et de la santé dans le pays.


Des Jeux estimés entre 3 et 5 milliards d’euros

Sans compter que l’organisation des Jeux, très coûteuse, n’est possible que par quelques pays. Si la
France a été choisie pour accueillir les prochains Jeux olympiques et paralympiques, c’est parce qu’elle
n’était plus que la seule candidate (Los Angeles s’était retirée en juillet 2017, afin de mieux accueillir
ceux de 2028). En effet, organiser des Jeux, c’est souvent synonyme de perte d’argent. Et même si la
plupart des infrastructures existaient déjà à Paris et en Seine-Saint-Denis, “il y aura sans doute cet effet de dépassement des coûts”, selon le professeur et économiste du sport à l’université Paris 1 Panthéon-
Sorbonne Wladimir Andreff, interviewé en septembre 2017 par le média Bondy Blog. Mardi, le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, a estimé que les JO coûteront entre trois et cinq milliards
d’euros
d’argent public, précisant que tous les montants ne sont pas encore connus.

Outre les habitants du pays hôte, certains sportifs et clubs de sport boudent les Jeux. Récemment
plusieurs clubs de football comme le Real Madrid ou le Stade rennais ont refusé de libérer leurs joueurs
pour les JO – un droit qui leur est permis, la compétition n’étant pas organisée par la FIFA. “D’autres
sports sont concernés”, affirme Michaël Attali. “Bon nombre de cyclistes préféreront gagner une étape au
Tour de France qu’une médaille aux Jeux”.

Théo BOISSONNEAU
édité par E.C.

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