Le président du prix Albert-Londres appelle les lycéens à être des « journalistes citoyens actifs » 

Des élèves de plusieurs lycées tourangeaux ont eu l’occasion de rencontrer le journaliste et président du prix Albert-Londres à l’occasion des Assises du journalisme de Tours. L’opportunité de revenir sur l’histoire du journalisme, d’échanger sur la pratique et de susciter quelques vocations.

Hervé Brusini, président du prix Albert-Londres lors d’une conférence de sensibilisation aux médias pour des lycéens aux Assises du journalisme de Tours, le 27 mars. Photo N.O.

Tremblement léger des mains autour du microphone, Hervé Brusini, journaliste et président du prix Albert-Londres se trouvait face à 140 lycéens, aux Assises du journalisme de Tours, mercredi 27 mars. Les élèves devaient rencontrer la rédaction de l’émission Sur le Front d’Hugo Clément, mais le trafic ferroviaire parisien en avait décidé autrement. Prévenu au dernier moment d’un changement de programme, le grand reporter, maître des aléas du direct, a dû improviser : son intervention s’est transformée en un exposé sur le journalisme d’enquête, partageant avec émotion et sincérité durant deux heures sa passion et son dévouement pour sa profession avec les élèves.

D’Homère à Albert Londres en passant par Hérodote, Théophraste Renaudot, Nelly Bly et Ida Minerva Tarbell, le grand reporter a relaté l’émergence du journalisme, le fait de raconter la vérité avec « rigueur et vérification ». Hervé Brusini a insisté sur le reporter dont le nom est devenu celui du Prix Albert-Londres, racontant son histoire de jeune écrivain devenu journaliste propulsé sur le devant de la scène lors de la Première Guerre mondiale grâce à son talent pour « raconter le réel avec les mots d’un poète », la puissance de son travail, qui l’a mené jusqu’à l’abolition des bagnes, le transformant en symbole du grand reportage.


Sa présentation a ensuite laissé place à un échange animé avec les lycéens. Les jeunes l’ont interrogé sur sa perception du monde contemporain, l’apparition des smartphones et des réseaux sociaux et ce nouveau rapport avec l’information. La discussion s’est un temps attardée sur les enjeux de l’intelligence artificielle pour le journalisme. Zoé, 16 ans, a demandé au grand reporter s’il fallait « en avoir peur » en tant que journaliste. Persuadé qu’il s’agit d’un « outil à utiliser à bon escient », Hervé Brusini a donné l’exemple de l’utilité de l’archivage par reconnaissance faciale que permet l’intelligence artificielle. Son utilisation pour nommer automatiquement les sportifs lors de compétitions comme le Tour de France est « utile et sans risques ». En revanche, l’information délivrée par les algorithmes pose des « problèmes de transparence » sur les sources, a-t-il ajouté.

Hervé Brusini, journaliste et président du prix Albert-Londres se trouvait face à 140 lycéens, aux Assises du journalisme de Tours, le mercredi 27 mars. Photo N.O.

« Plus l’on prouve la vérité, plus l’information a de la valeur » 

Matéo, 17 ans, voulait savoir : « Qui peut devenir grand reporter ? » En toute autodérision, le journaliste a affirmé qu’avoir « une vraie et grande mauvaise tête » est une qualité du grand reporter, à condition d’avoir une bonne « rigueur et une discipline » professionnelle. Yohan, élève de seconde, intrigué par l’amour d’Hervé Brusini pour la vérité, lui a demandé : « Comment peut-on être sûr que ça soit la vérité ? » Le grand reporter, réjoui par cette question s’est empressé de répondre que « plus l’on prouve la vérité, par la rigueur, la vérification, la multiplication des sources, plus l’information a de la valeur ».

Hervé Brusini, grand reporter, a rencontré 140 lycéens de plusieurs établissements de la région aux Assises du journalisme de Tours le 27 mars pour leur partager sa passion, sa profession. Photo N.O.

Soucieux de la relève, Hervé Brusini a demandé aux lycéens qui voulaient devenir journalistes de lever la main. Amy, 16 ans, fait partie de la quinzaine d’élèves qui l’envisagent. L’échange lui a « donné encore plus envie » d’être journaliste, elle qui se posait la question avant la conférence, mais restait « dubitative ». La lycéenne a été rassurée par le fait que, malgré l’évolution du journalisme à travers les époques, « l’objectif de trouver et de raconter la vérité » est toujours le même. 

Martin, 14 ans, a lui expliqué qu’il a toujours voulu être journaliste « comme à la télévision », mais que l’image qu’il avait de la profession avant de rencontrer Hervé Brusini était différente, il n’imaginait pas que ça serait « un combat » pour défendre la liberté de la presse et de l’expression, comme l’a expliqué le grand reporter. La rencontre s’est terminée sur l’importance du journaliste sur le plan sociétal, qui permet de « faire bouger les lignes » et de révéler des scandales. Hervé Brusini, fier de cette transmission pour l’éducation aux médias, encourage les lycéens à être des « journalistes citoyens actifs, heureux de l’être ».

Nina Osmond
édité par Manon Vagner

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