Lors d’une conférence sur le traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles dans le monde du sport, donnée aux Assises du journalisme à Tours ce jeudi 28 mars, plusieurs journalistes ont noté un retard sur les questions sociales dans ce domaine.

Saviez-vous que les femmes footballeuses avaient leurs règles une fois par mois ? Les lecteurs de L’Équipe l’ont appris il y a cinq ans. À l’époque, l’article est accueilli comme une vraie révolution, et applaudi. Mais pour Alizée Vincent, journaliste à Arrêt Sur Images, c’est comme “applaudir des poissons qui nagent”. Lors des Assises internationales du journalisme de Tours, la journaliste et l’écrivain Ludovic Ninet ont constaté un retard global de la presse sportive sur ces sujets sociétaux lors d’une conférence sur le traitement des violences sexuelles et sexistes dans le journalisme sportif, jeudi 28 mars.
La performance, “c’est tout ce dont on entend parler : exploits, records battus…, regrette Ludovic Ninet, également journaliste sportif. Pourtant, le monde du sport est un système qui soulève plein de questionnements, mais qui passent trop souvent sous le tapis”. Il fait ce constat lorsqu’il rédige son livre L’Affaire Cécillon – Chantal, récit d’un féminicide, qui raconte l’histoire du meurtre de la compagne du rugbyman Marc Cécillon en 2004. Lorsqu’il se documente sur le dossier, le journaliste se souvient que “les coulisses de la vie de l’homme étaient dévoilées : alcoolisme, jalousie… rien de très glorieux”. Pourtant, lorsqu’il lit la presse sportive, les articles lui paraissent plus indulgents, voire plein de compassion à l’égard du sportif, avec comme sous-entendu : “ça ne reste qu’un homme”, au fond.
Cela fait écho à une affaire similaire. Lors de la mort de la cycliste australienne Melissa Hoskins en décembre, renversée par une voiture conduite par son mari, beaucoup d’articles ont raconté la scène comme si c’était la victime qui s’était accrochée aux portes du véhicule, insinuant qu’elle était “morte par sa faute dans un élan de folie”, rappelle son côté Alizée Valentin.
Une inquiétude chez les jeunes
À la fin du débat, une étudiante anonyme dans la salle relève avec émotion le manque de formation à ce sujet dans le journalisme. Une autre ajoute : “On est en mars et notre école a tout juste commencé à mentionner le traitement des violences sexuelles et sexistes. Mais pour beaucoup, c’est trop tard et leur idée du journalisme s’est déjà faite sans !”. C’est particulièrement vrai dans le monde du sport, où la masculinité l’emporte, appuie Ludovic Ninet : “Pendant les études, ceux qui veulent faire du journalisme sportif ne pensent déjà pas à rédiger des enquêtes sociologiques à ce sujet”.
Pourtant, c’est sur eux que l’on compte : les futures générations. Plusieurs fois, lors de la conférence, elles ont été citées comme “porteuses de valeurs” plus éthiques, ou encore “capables de changer les mentalités”. Mais en réalité, si un étudiant évoque la création d’une charte d’éthique vis-à-vis des traitements des sujets sociaux, c’est parce qu’”on en a assez d’être la génération qui devrait tout porter sur ses épaules, se défend-il. Déjà, j’aimerais réussir à rejoindre une rédaction, après je verrai si j’ai la motivation qu’il faut pour éduquer des journalistes bien plus anciens que moi”, assène-t-il. En réponse aux problématiques soulevées par ces étudiants, la journaliste d’Arrêt sur Image a rappelé à ceux présents dans la salle qu’elle était ouverte à intervenir dans les écoles pour éduquer à ce sujet : “Si c’est ce que je peux faire à mon échelle, sachez que je le ferai autant de fois qu’il le faut”.
Lili-Jeanne BLUTEAU
Édité par L.R
