Le parasport, un ensemble de disciplines qui se médiatisent

Alors que le parasport (parfois appelé « handisport ») se développe de plus en plus et que ses sportifs se professionnalisent, ces disciplines restent encore marginales. Elles cherchent davantage de visibilité, c’est pourquoi les Assises du Journalisme 2024 à Tours sont notamment revenues sur ce sport.

Pour Laurence Pécaut-Rivolier, conseillère à l’Arcom, “la retransmission du parasport n’est pas encore banalisée”. Photo : Julien Grohar / EPJT.

Le 16 mars 2014 s’achevaient les Jeux d’hiver de Sotchi en Russie, et avec eux la première retransmission entièrement en direct des Jeux paralympiques par France Télévisions. Dix ans plus tard, le groupe prépare la couverture médiatique de la compétition la plus importante de parasport, les Jeux paralympiques, qui auront lieu à Paris du 28 août au 8 septembre 2024. Avec un défi : attirer les téléspectateurs, car ces derniers sont très irréguliers concernant le parasport. Laurence Pécaut-Rivolier, conseillère à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), le souligne lors d’une conférence intitulée “Parasport : le sport retrouvé ?” dans le cadre des Assises internationales du journalisme de Tours, mercredi 27 mars. “Ce sont les montagnes russes : des pics d’audience apparaissent lors des Jeux paralympiques, voire sur certaines autres compétitions, mais le reste de l’année, le parasport est très peu regardé”, constate-t-elle.

Ce ne sont pas seulement les téléspectateurs qui boudent le parasport, mais aussi les médias. Seulement 10 % du temps d’antenne des émissions sportives lui est consacré. Même le traitement médiatique est différent. Ryadh Sallem, ancien parasportif et membre du comité paralympique, soutient qu’il faut prendre plus de temps afin “d’expliquer le handicap d’un athlète et les règles de son sport”. S’il reconnaît que cela peut être contraignant pour un sportif d’être toujours ramené à son handicap, “c’est presque obligatoire pour l’instant de passer par là”, selon lui. 

D’après le dernier baromètre sur l’utilité du journalisme en lien avec le sport, réalisé par l’institut Viavoice pour les Assises du journalisme en février et mars 2024, plus de 60 % des téléspectateurs affirment qu’ils regarderont au moins partiellement les Jeux paralympiques. Une bonne opportunité à prendre donc pour les médias, afin de démocratiser d’autant plus le parasport. France Télévisions va diffuser toutes les épreuves paralympiques en direct, et elles seront pour la première fois toutes commentées. En plus du sous-titrage, le groupe a expérimenté la vocalisation, c’est-à-dire de l’audiodescription, mais pour le sport, et s’engage à en proposer au moins sept heures par jour, une première mondiale selon le groupe. 

Les paralympiques, vecteur de développement pour le parasport

Le fait que les Jeux soient organisés en France incite les médias à une plus grande couverture de l’événement. Julien Soyer, double médaillé d’argent en paratennis de table et journaliste de sport à Ouest-France, le constate. “En 2012 à Londres, j’étais le seul journaliste envoyé par mon journal pour couvrir les Jeux paralympiques, et c’était la première fois qu’une presse régionale envoyait quelqu’un sur place. Cette année nous serons six, en plus des bureaux à Paris”. 

Afin de poursuivre le développement du parasport, et d’éviter qu’il ne retombe dans l’oubli une fois les Jeux paralympiques passés, l’Arcom a mis en place l’opération “Jouons ensemble”. Organisée pour la première fois du 2 au 8 octobre 2023, l’objectif est “d’inciter les médias audiovisuels, télévisions et radios, à intégrer plus de retransmissions sportives, de sujets, d’émissions et d’interviews consacrés au parasport et aux acteurs du monde du handicap”. Cette année, “cela n’a pas vraiment fonctionné” déplore Laurence Pécaut-Rivolier, en raison de la guerre entre Israël et le Hamas qui a débuté le 7 octobre et qui a occupé une grande partie de l’attention médiatique.

Pour faire connaître le parasport, il faut aussi faire connaître les para-athlètes. France Télévisions, par le biais d’émissions comme Vestiaires (où des nageurs handisport jouent la comédie) ou T’es au top (un magazine testimonial pour enfants présenté par Théo Curin, paranageur français), participe entre autres à les faire connaître. Malgré tout, “seulement 1 % des personnes représentées sur les écrans français possèdent un handicap physique”, souligne Laurence Pécaut-Rivolier. L’objectif est désormais de montrer à l’écran plus de personnes atteintes d’un handicap, qu’il soit visible ou non.

Théo BOISSONNEAU
édité par Mathéo POULY

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