L’IA, pilote ou copilote ?

Au Festival de l’intelligence artificielle de Cannes (WAICF), l’armée de l’air présentait sa méthode de travail. L’IA y a désormais sa place, sans pour autant menacer le métier de pilote.

Le stand de l’armée de l’air et de l’espace au WAICF. Photo Chloé BACH CHAOUCH

Et si l’armée de l’air française voyait ses pilotes d’avions de chasse remplacés par une IA ? Si cela vous paraît loufoque et lointain, c’est normal. Le remplacement des pilotes, ce n’est pas pour aujourd’hui. « Le vol complètement autonome, s’il intervient, ne devrait avoir lieu que d’ici 2050 ou 2060 » clame Frédéric Guillermin, chef du Bureau numérique de l’armée de l’air française. Son équipe avait déployé son stand au Festival de l’intelligence artificielle de Cannes (WAICF), le 9 février 2024.

« A la recherche de l’aviateur augmenté« 

Alors que l’US Air Force explore les applications de l’IA dans l’aviation de combat depuis plus de quatre ans, selon Le Journal de l’Aviation, la tendance est la même en France. Comme aux Etats-Unis, l’armée française étudie la façon dont l’IA pourrait aider les pilotes, mais en aucun cas les suppléer. « On est actuellement à la recherche de l’aviateur augmenté, ce pilote qui pourrait faire voler son Rafale ou son Mirage grâce à des données prémâchées par l’IA » développe Frédéric Guillermin. En clair, l’IA servirait, dans l’exemple de l’armée de l’air, à entrainer les pilotes dans toute situation de combat prédéfinie, sur des simulateurs de vols. « On fait travailler les pilotes virtuellement sur un très grand nombre d’aéronefs différents et contre un très grand nombre d’avions également » détaille Frédéric Guillermin. L’idée, c’est donc d’acculturer les pilotes pour qu’ils soient le plus performant possible en vol réel le jour J.

Un aviateur s’entraîne sur un simulateur utilisant l’IA. Photo Chloé BACH CHAOUCH

Le spectre d’une formation réduite

Et cette formation « sur terre » dispensée par l’IA est primordiale. Car la Grèce, l’Egypte et la Croatie ont commandé à eux trois une soixantaine de Rafale, rien qu’en 2021. Le nombre d’appareil par tête a donc chuté, entrainant logiquement une baisse du nombre de d’heure de vol pour les pilotes, comme le souligne un rapport alarmant du député français Frank Giletti. Néanmoins, le temps de vol est reparti à la hausse (3 %), l’année passée. « En 2023, nous sommes passés de 250 heures par avion et par an, à 290 heures par avion et an. Ça ne remplace pas la totalité de l’activité générée par les vingt-quatre Rafale prélevés. Pour autant, ça en compense une bonne partie » a déclaré le général Mille, chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace. Dans ce contexte, l’IA reste utile pour que les pilotes gardent la main, mais pas que : « le but avec les simulateurs, c’est aussi de faire de la stratégie entre pilotes » concède le chef du Bureau numérique de l’armée de l’air française.

Frédéric Guillermin, chef du Bureau numérique de l’armée de l’air française. Photo : Chloé BACH CHAOUCH

Pas de métiers en danger

A l’heure actuelle, l’IA n’est qu’un complément pour l’armée. Plusieurs projets sont en cours, comme le développement d’un système d’aide à la décision pour le ravitaillement en vol ou encore l’utilisation de drones autonomes pour des missions de surveillance. Mais aucun corps de métier dans l’armée de l’air ne risque de disparaitre. « Il n’y a pas de métiers qui pourraient être remplacés en totalité ou même très partiellement par l’IA. La France et l’Europe laissent l’humain dans la boucle de décision et ne donnent pas l’entière autonomie aux machines » expose Frédéric Guillermin. Mais ces machines, justement, ont de l’avenir dans l’aide à la décision et bien d’autres aspects. En tout cas, pour le moment, la nécessité d’une présence humaine dans le cockpit est toujours de mise.

Aurélian MARRE & Chloé BACH CHAOUCH édité par Axel DUMOND

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