Bouleversement social et éthique, l’IA (intelligence artificielle) s’est immiscée jusque dans nos emplois, où sa présence amène des changements irréversibles.

nouvelles technologies. Photo C. Bach Chaouch
Une étude du Forum économique mondial prévoit que l’IA créera environ 97 millions
de nouveaux emplois à travers le globe d’ici à 2025. Pour l’heure, « la révolution a déjà
commencé » selon Isabelle Galy, directrice de la Maison de l’Intelligence Artificielle
(MIA). Ce centre, spécialement dédié à la nouvelle technologie tant controversée, est
implanté depuis 2020 dans les Alpes-Maritimes, à Sophia Antipolis, et n’existe nulle
part ailleurs en Europe. Logique, lorsque l’on sait que la Côte d’Azur fait partie de
l’un des quatre des lieux de production de l’IA en France avec Paris, Grenoble et
Toulouse.
Plus de 10 000 offres d’emploi annuelles liées à l’IA
Pour Isabelle Galy, l’IA est à percevoir comme un changement radical, au
même titre que la révolution numérique. Et comme toute rupture avec le passé, cela
représente des écueils dans le marché du travail. « L’IA peut engendrer une
dégradation du service dans certains métiers, si l’hybridation humain/machine n’est
pas bien faite. L’Homme va vouloir prouver que l’IA a tort ou alors trop se reposer sur
elle », explique Isabelle Galy. Mais la directrice de la MIA est pourtant une grande
optimiste vis-à-vis de cette question. « Oui, l’IA va détruire des emplois, il y aura par
exemple moins de journalistes ou d’avocats. Mais tout ce secteur va être remplacé
par des postes dans les métiers liés à la nouvelle technologie. Aujourd’hui, il y a déjà
plus de 10 000 offres d’emploi annuelles liées à l’IA ». Le secteur de l’informatique
est l’un des plus pourvoyeurs d’emploi avec l’environnement et le social.
Un rôle prépondérant de l’inclusion et de l’éducation
Si le fait que l’IA va transformer le marché du travail est acté, il reste encore à ce que
la transition se déroule dans de bonnes conditions. « À la révolution numérique des
années 2000, les séniors ont subi une « fracture numérique », l’objectif, c’est donc
que nos vétérans n’en subissent pas une deuxième avec l’IA », développe Isabelle
Galy. Un véritable défi, à l’heure où les démarches administratives se font
principalement par internet, et que les papiers officiels seront bientôt dématérialisés.
Le marché du travail est d’ores et déjà chamboulé par l’IA, comme la démocratisation
des caisses automatiques en grande surface. Il va l’être d’autant plus, selon une
étude de l’entreprise OpenAI, qui affirme que plus de 80% des professions verront au
moins 10% de leurs tâches modifiées par l’IA. Et dans ce sens, les plus jeunes
doivent aussi être sensibilisés. « On a de nombreux jeunes qui sont contre l’IA, c’est
assez partagé entre réticence et enthousiasme. Les éduquer dans cette Maison de
l’IA est primordiale pour démystifier tout ça, dire aux gens que l’IA ne va pas
forcément piquer leur travail ».
L’IA n’est pas encore si rentable que ça
Pour rassurer les sceptiques de l’IA, qui voient avec un mauvais œil qu’un travailleur
sur cinq pourrait voir au moins la moitié de ses tâches affectées, l’IA n’est pas encore
efficace. Aux États-Unis, des chercheurs du MIT en sont arrivés à la conclusion que
seuls 23% des métiers étaient rentables à automatiser pour les entreprises. Et ce,
même si l’IA pourrait, à terme, avoir une influence sur 60% des emplois dans les
pays développés. Le principal danger reste la polarisation possible entre les suiveurs
de ce mouvement, et les autres, plus réservés, voire anti-IA, comme le souligne
Isabelle Galy : « Ce que je crains, ce sont les gens qui ne veulent pas changer,
s’adapter ». La directrice a encore du pain sur la planche pour faire découvrir l’IA aux
entreprises et visiteurs.
Aurélian MARRE et Chloé BACH CHAOUCH
édité par E.C.
