Phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat : de la tradition à l’automatisation

De l’Estérel à la côte italienne, le phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat offre un panorama unique. Depuis 1835, l’édifice a été le témoin d’une époque révolue où les gardiens de phare étaient des figures incontournables de la sécurité maritime. Cette profession exigeante et isolée a connu une importante évolution, reflétant les progrès technologiques et les changements sociétaux.

C’est depuis son arrivée sur la Côte d’azur en 2003 que le phare de Saint-Jean Cap-Ferrat est devenu la maison de Michel Le Berre, ancien gardien de phare. Construit en 1835, le phare a vu d’innombrables générations de marins. Ces hommes solitaires étaient les gardiens de la côte, veillant sur les navires avec leurs lampes. Ils étaient les héros discrets d’une époque où la sécurité maritime dépendait de leur vigilance.

Le Phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat compte, à ce jour, cinq techniciens de maintenance. Photo Eloïse Duchesnay

Perché à 70 mètres au-dessus de la mer, Michel Le Berre est un témoin de l’évolution de son métier, qui, au fil du temps, a reflété les progrès technologiques. Autrefois, les phares fonctionnaient à l’huile de baleine, puis au pétrole. Michel Le Berre se souvient encore de l’époque où il changeait les mèches et astiquait les lentilles. Cette époque lui paraît bien lointaine désormais.

Michel Le BERRE, ancien gardien de phare : “Je suis né au bord de mer, je vis au bord de mer et je mourrais au bord de mer”. Photo : Suzie Fichot

Un métier mythique, une vie rude

À l’origine, les gardiens de phare étaient les gardiens du feu. Leur quotidien ? Allumage et extinction du phare, surveillance de l’horizon et entretien des installations. Une profession physiquement exigeante, rythmée par la mer et souvent marquée par la solitude. Michel Le Berre se rappelle les longues journées en mer, seul face à l’immensité bleue. « La mer peut être capricieuse », raconte-t-il. « Parfois, je restais en mer plusieurs semaines, jusqu’à la relève du phare.« 

Partir pour quelques jours était nécessaire pour accomplir certaines tâches, comme la révision des bouées ou la livraison de vivres. La durée des missions était généralement incertaine, la mer est un élément imprévisible. Parfois, la relève du phare prenait plusieurs jours lorsque la mer se montrait houleuse. La relève, c’est un terme technique. Il désignait le transfert des hommes et du matériel pour assurer la maintenance des structures en mer. « Un véritable entraînement », confie Michel Le Berre. L’homme de 62 ans a choisi d’être gardien de phare, comme son père et son grand-père avant lui. La passion est indispensable pour exercer ce métier, physiquement et mentalement éprouvant, où la responsabilité est immense. 

Plus qu’un travail, c’était un mode de vie. Accepter de vivre en marge d’autrui, loin du tumulte de la vie quotidienne. C’est d’ailleurs ce sentiment de solitude qui a poussé Michel Le Berre à renoncer à la vie dans les phares en mer, les “Enfers”, pour ceux sur la côte, plus proches des villages, les “Paradis”.

L’élément déclencheur a pour lui été sa famille et l’absence de communication. Plongé dans ses souvenirs, l’ancien gardien de phare se remémore d’une expédition en mer, plus longue que prévu. Sa femme ne lui avait pas donné de nouvelles pendant plusieurs jours. Même encore aujourd’hui, Michel Le Berre éprouve cette inquiétude indescriptible. « À l’époque, les moyens de communication n’existaient pas, […] En mer, on ne savait jamais ce qui se passait sur terre. », explique-t-il. C’est de cette façon que Michel Le Berre, après avoir fondé sa famille,  a décidé de quitter sa Bretagne natale pour la Côte d’Azur, au phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Lorsque l’ancien gardien de phare est arrivé au phare du Cap Ferrat, le métier avait déjà beaucoup évolué…

Une autonomisation des phares progressive

Avant l’arrivée de l’électricité, les phares étaient de simples feux de bois, de charbon ou de gaz. Ces systèmes, souvent peu fiables, nécessitaient un entretien constant et dépendaient du bon vouloir de la météo.
L’arrivée de l’électricité à la fin du XIXe siècle a révolutionné le monde des phares. En France, c’est celui de la Hève qui fut le premier à être électrifié en 1863. Le phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat, construit en 1835, n’a pas fait exception, passant de l’huile végétale au pétrole puis à l’électricité. 

Phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat – Vue aérienne entre 1945 et 1975 Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion, GrandPalaisRmn. Photo DR Henrard Roger

L’automatisation progressive des installations a allégé le travail des gardiens, leur permettant de se concentrer sur d’autres tâches comme l’observation météorologique et le radioguidage des navires. Mais c’est l’avènement du GPS et des technologies de navigation modernes qui a sonné le glas de la profession, explique Michel Le Berre. La plupart des phares sont désormais automatisés et ne nécessitent plus de présence humaine permanente. Le phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat n’a plus de gardien depuis 1994. Le métier de gardien de phare s’est dorénavant transformé en technicien de maintenance.

Mémoire et transmission

Si le métier de gardien de phare, tel que Michel Le Berre l’a connu, n’existe plus, les phares conservent une importance symbolique et historique. Le phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat est classé monument historique depuis 2012. Depuis de nombreuses années, Michel Le Berre, attaché à ce lieu, continue de veiller sur son entretien. Proche de la retraite, c’est avec émotion qu’il s’inquiète pour l’avenir du phare. L’ancien gardien de phare cherche à transmettre son savoir-faire. Il est à la recherche d’un successeur afin d’assurer la pérennité de ce patrimoine unique. Michel Le Berre a déjà reçu cinq candidatures pour occuper le futur poste de technicien de maintenance. Il espère pouvoir trouver la personne idéale pour reprendre la responsabilité de ce site historique et continuer à le préserver pour les générations futures.

Eloïse DUCHESNAY, Suzie FICHOT & Léa SANTELLI
édité par L.S

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