Le réalisateur et acteur Mathias Mlekuz présente aux Rencontres cinématographiques de Cannes (RCC) 2024 À bicyclette !, qui sort en salle le 26 février prochain. Entre documentaire et fiction, le long-métrage libère la parole sur un sujet douloureux : la mort d’un enfant.

voyage à vélo qu’il avait fait cinq ans auparavant, jusqu’à Istanbul » Photo M.M.
Ce film retrace le parcours à vélo que vous avez fait avec votre meilleur ami, l’acteur,
réalisateur et scénariste Philippe Rebbot, en hommage à votre fils. Combien de temps avez-vous mis pour faire ce voyage et que représente-t-il pour vous ?
« On a mis cinq semaines pour faire ce voyage. Après la mort de mon fils, j’ai éprouvé le besoin de marcher dans ses pas, de refaire ce voyage à vélo qu’il avait fait cinq ans auparavant, jusqu’à Istanbul (Turquie). J’ai tout de suite proposé à Philippe Rebbot, mon meilleur ami, de partir avec moi. Même si on n’est pas très sportifs et qu’on est un peu vieux, il m’a suivi dans l’aventure. C’est lui qui m’a donné l’idée de faire ce film pour raconter notre voyage. »
On croit parfois regarder un documentaire. Comment définissez-vous ce film ?
« C’est compliqué, car c’est un documentaire fait par deux comédiens. On est entre la fiction et la réalité. On n’avait pas de scénario, rien n’était prévu, tout était improvisé. Quand on s’engueulait, on savait qu’on était filmé donc, parfois, on forçait le trait. Il y a de la fiction, parce qu’elle fait partie de nous, mais cela n’enlève rien à la réalité de ce qu’on a vécu. Sur les émotions, on n’a pas triché. Par exemple, la scène du départ à vélo était très forte. Les gens qu’on voit dans le film étaient également là quand Youri est parti, au même endroit. C’était aussi très réel et émouvant quand j’ai retrouvé la statue de Youri Gagarine, j’ai cru crever tellement c’était fort. Pour ces moments, je n’arrive pas à lâcher le film, je l’ai déjà vu 500 fois. »
Vous livrez dans le film des pensées très intimes, on vous voit pleurer. Était-ce important de montrer votre fragilité à l’écran ?
« J’ai laissé des vrais moments de pleurs, de fragilité, et c’est volontaire. C’est important de laisser ces images, parce que ce film, on aurait pu croire que c’est une comédie. Il fallait quand même rappeler la réalité, que la souffrance était là, qu’on raconte le deuil d’un père qui a perdu son fils. En fait, tous ces moments sont contrebalancés : après les scènes de pleurs, il y a des scènes de rires. C’est une vraie volonté d’auteur de montrer que le drame est là, mais que la vie continue. C’est une idée de résilience, continuer à vivre, remonter sur le vélo. Donner un coup de pédale, c’est retrouver l’énergie de la vie. »
Cette expérience et ce film vous ont-ils aidé à avancer ? Et pensez-vous qu’il aidera des parents qui sont dans votre situation ?
« Au vu de la réception du film, j’ai l’impression d’avoir libéré la parole. Dès la remise du prix au Festival du film francophone d’Angoulême, on a vu l’engouement que le public a eu pour le film, et on a trouvé que ce serait intéressant de le montrer à tous. Parler de la mort, ce n’est pas si courant, et on sent que les gens en ont besoin. Même parler du suicide, c’est très compliqué. Dans les familles, on l’évoque très peu, parce que ça fait mal, parce qu’on se sent toujours coupable du départ, il y a un vrai tabou. Le fait que j’expose ça, j’ai l’impression que ça en aide certains. On me demande souvent si le film m’a consolé. Ç’a été un moment très beau, très fort, qui a renforcé mon amitié avec Philippe, mais ça ne m’a pas consolé. Par contre, les gens, après avoir vu le film, qui me parlent de leur peine, de leurs émotions, me consolent beaucoup. Les retours des spectateurs sont en train de me changer, le vrai effet consolant, c’est la rencontre avec le public. »
Recueilli par Valentine FOUREAU & Elsa SIMLER
édité par V.F
