L’illustre réalisateur franco-grec a présenté son nouveau plaidoyer, Le Dernier souffle aux Rencontres Cinématographiques de Cannes, le 20 novembre 2024. Il plonge au cœur des soins palliatifs et se questionne sur la mort.

« Je sais que c’est un évènement qui va m’arriver. » Costa-Gavras ne feint pas d’ignorer la mort. Mieux, c’est le sujet que le réalisateur a choisi pour Le Dernier souffle, drame (avec Denis Podalydès, Kad Merad et Charlotte Rampling) qu’il a présenté le mercredi 20 novembre 2024 lors des 37ᵉ Rencontres Cinématographiques de Cannes. À partir des témoignages que contient le livre de Claude Grange et Régis Debray (qui vient de paraître en format poche aux éditions Folio), il aborde la douloureuse question de l’accompagnement de proches vers la mort. « Tout en respectant les situations, j’ai scénarisé les différents personnages du film, mais ce sont de vrais personnages », décortique le cinéaste.
Pour illustrer au mieux cette thématique délicate, Costa-Gavras s’est rendu dans des unités de soins palliatifs. « J’ai rencontré des patients et des familles, j’ai discuté avec eux. C’est intéressant d’observer des gens qui sont près de la fin et qui le vivent. Beaucoup d’entre eux avaient une certaine dignité et étaient convaincus qu’il n’y avait pas d’autres solutions et ça, c’est essentiel. »
« La loi n’est pas bonne du tout »
L’euthanasie est toujours interdite en France, mais le cadre juridique a évolué. La loi Claeys-Leonetti, adoptée en 2016, autorise la sédation profonde du patient jusqu’à son décès si la situation est incurable et insupportable. Costa-Gavras estime que la législation française n’est pas suffisante, qu’il faut la changer radicalement. « La loi n’est pas bonne du tout. Il n’en faut pas qu’une seule, mais plusieurs car il y a beaucoup de cas différents. » Selon lui, les services de soins palliatifs sont utiles et efficaces, mais largement insuffisants. En 2021 le pays comptait 7 546 lits dédiés, soit 11,1 pour 100 000 Français. Le réalisateur déplore : « Il y a des pays où, quand on a envie de mourir, on peut mourir. Il y a la Suisse, la Belgique et même certains États en Amérique où on peut arriver et dire : je veux mourir. Et ils vous font ce que vous voulez. »
À 91 ans, Costa-Gavras fait face à la réalité de la mort : « La plupart des collaborateurs, acteurs et techniciens de mes premiers films ont disparu. » Le cinéaste franco-grec ne craint pas pour autant cette fin inévitable : « J’essaie d’affronter les problèmes avec une certaine distance en me disant qu’il faut arriver à rester digne, sans angoisse et sans terreur face à la mort. »
Victor DELFOUILLOUX & Marilou DURANDO
édité par V.D
