[RCC] « Les teen movies nous invitent à nous accepter comme on est »

Le responsable des Cannes Classics, Gérald Duchaussoy, décrypte les stéréotypes dans le teen movie. Un sous-genre cinématographique typiquement américain. L’occasion de questionner le passage à l’âge adulte et la sexualité dans ces films, lors d’une masterclass à l’espace Miramar, à Cannes.

Gérald Duchaussoy a animé la masterclass sur le teen movie. Il concerne les jeunes de 13 à 19 ans. Photo DR

L’élève populaire, le sportif, la pom-pom girl ou encore l’intello, le petit génie des sciences, etc. Ces adolescents sont les produits caricaturaux du teen movie. Un sous-genre cinématographique américain à destination des jeunes, joué par de jeunes adultes. Ils reprennent souvent l’environnement du lycée, comme la comédie dramatique The Breakfast Club (1985), dans laquelle cinq élèves que tout oppose sont collés ensemble.

Gérald Duchaussoy, assistant de la sélection Cannes Classics du Festival de Cannes, a animé la masterclass du jeudi 21 novembre. Ce temps d’échanges avec des élèves vient compléter le visionnage du film documentaire High School (1968) réalisé par Frederick Wiseman, projeté à l’espace Miramar le matin même à 9 h 30. Un moment privilégié de trois heures pour décortiquer les stéréotypes dans ce sous-genre du 7ᵉ art.  

« Un défouloir« 

« Il est très codifié et fait appel à des personnages similaires d’un film à l’autre, dont les velléités sont de grandir et de s’accomplir sexuellement [comme on peut le constater] dans SuperGrave« , précise Gérald Duchaussoy. « On rit de ces personnages. On rit de soi-même quand on se voit représenter à l’écran. C’est un défouloir. Les teen movies nous invitent à nous accepter comme on est », s’exprime Gérald d’un air rassurant.

Bien qu’exagéré, ce sous-genre reflète une partie de la réalité. « Il y a une vraie histoire d’ascension financière et sociale aux États-Unis via l’école. Mais aujourd’hui, les teen movies sont assez peu représentatifs des évolutions, notamment celles induites par le téléphone portable. Les scénaristes ont du retard. »

Dans l’horreur, les drames, l’action et surtout les comédies, la recette stéréotypée du teen movie aide les réalisateurs à accomplir d’énormes succès au box-office. « Ils coûtent souvent peu cher et marchent très bien comme Halloween en 1978 ou La Boum, en France en 1980″, détaille l’assistant des Cannes Classics. Si le premier film de la saga d’horreur Halloween a coûté 325 000 dollars, il en a rapporté 70 millions au box-office mondial.

Le teen movie à l’heure de la « déconstruction« 

Au moment où les mouvements d’émancipation gay gagnent en présence à l’écran ; et où la transidentité s’affirme dans ces RCC de 2024 avec le film Crossing Istanbul, le teen movie et ses clichés laissent à penser.

« J’ai beaucoup de discussions avec ma fille sur la façon d’être, la sexualité : cisgenre, bisexuel, homosexuel, etc. Je retrouve moins cet aspect-là dans les teen movies où l’affirmation est majoritairement binaire », s’interroge l’assistant de Cannes Classics. « À ma connaissance la série Euphoria, de Sam Levinson, est l’une des seules à faire entrer toutes ces complexités chez les adolescents dans le cinéma. »

Nicolas FONTAINE

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