Vinted, la plateforme d’achat revente de produits issus de la seconde main met régulièrement en avant son engagement environnemental et son alternative novatrice face aux dérives de l’industrie de la mode. Pourtant, Vinted incite à la surconsommation et à la revente en masse.

C’est la nouvelle tendance bouleversante de ces dernières années : Vinted. La friperie en ligne créée en 2008 connaît un succès fulgurant avec près de 23 millions d’utilisateurs en 2023. Pratique, rapide, moins cher, mais surtout bon pour la planète, ce sont les principales motivations des utilisateurs. Sur 350.000 consommateurs, 20 % achètent sur Vinted par considération sociale ou environnementale, révèle une enquête menée par Vaayu, spécialiste du calcul automatisé de l’impact carbone des détaillants, à la demande de la plateforme en 2022. « La seconde main est une meilleure solution que le neuf, à la fois pour le climat, pour votre dressing et pour votre porte-monnaie. C’est pourquoi nous voulons en faire le premier choix de chacun », peut-on lire sur la rubrique durabilité de l’application. Pourtant, Vinted n’est pas l’alternative écologique qu’elle paraît être : en réalité, c’est une usine à pollution et à surconsommation.
« J’achète et je revends trois fois plus cher«
Certes, Vinted fait partie des plateformes recensées par l’ONG Zero Waste France, et permet non seulement d’éviter au consommateur d’acheter du neuf, mais aussi au vendeur de ne pas gaspiller. « Tu ne le portes plus, vends-le ! », c’est le slogan publicitaire de la plateforme. Il représente bien le concept initial : du shopping circulaire de seconde main à des prix abordables. Mais pour beaucoup d’utilisateurs, le marché de la seconde main ne suffit pas. Aujourd’hui Vinted se positionne comme l’une des premières plateformes de resell : c’est-à-dire de l’achat revente en masse, avec comme seul objectif, le profit. Romain, reseller de 19 ans témoigne : « Moi, j’utilise Vinted pour me faire de l’argent, j’achète des vêtements de marque ou à la mode, et je les revends trois fois plus cher. » Initialement, le resell correspond au phénomène de revente de baskets de collection issues de stocks très limités. Du fait de son efficacité, la pratique s’est étendue à tous les types de vêtements et accessoires tendances et/ou luxueux. « Je reçois et revends des habits toute la semaine, c’est comme une mini-entreprise », ajoute Romain. Dans cet élan d’achat revente massif, l’idée d’alternative écologique est complètement bousculée, et le principe de seconde main s’affaire à une gentrification de l’achat de produits de luxe.
1,28 kg de CO2 par livraison
Pire, Vinted instaure en 2021 les « comptes Vinted pro », c’est-à-dire des profils spéciaux pour les entreprises qui vendent directement leurs produits sur l’application. Ainsi, des commerçants profitent de Vinted comme terrain de vente, et ce, de manière illimitée. Plus de seconde main, de débarras écolo, place à la vente au détail, à l’e-commerce pur et à l’industrialisation des vendeurs. Sans parler du coût environnemental des livraisons : le transport concentre à lui seul 96 % des émissions carbone d’un achat Vinted, avec 1,28 kg de CO2 par livraison, et 977 grammes par produit, démontre le rapport de la plateforme lituanienne sur leur impact environnemental. S’il y a un gain écologique sur les emballages, pour la plupart issus du recyclage par les vendeurs, le nombre de livraisons dépasse le raisonnable. Pour le seul mois de décembre 2023, le service d’expédition Vinted go a livré plus de 400 000 colis.
« Fast fashion de seconde main »
D’ici à 2030, le marché de la revente de vêtements d’occasion en ligne sera deux fois plus important que celui de la fast fashion, d’après une étude de Cross-Border Commerce Europe (CBCE). Une industrie en pleine croissance, voguant vers réussite et profit, et cela, Thomas Plantenga, PDG du groupe Vinted le sait bien : « Nous sommes à l’avant-garde d’un marché au potentiel énorme. Plus important encore, la croissance de la mode de seconde main entre particuliers est un moyen efficace d’atténuer les dommages causés par l’industrie de la mode. » Selon l’étude de Vaayu, pour 2,56 pièces achetées sur Vinted, c’est l’achat d’une pièce neuve qui est évitée. Soit l’équivalent de 1,8 kg de CO2 économisé (un trajet de 15 km en voiture) pour le leader européen de la vente de seconde main.
Malgré ce constat positif, le tournant de la plateforme affiche une zone d’ombre. Pour Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Éthique sur l’étiquette, « Au lieu d’enrayer le système créé par la fast fashion de consommation et de renouvellement perpétuel de collections, Vinted l’accentue en permettant de vider ses placards et de les remplir à la même vitesse. » La fondatrice de la plateforme d’expression Antifashion, Stéphanie Calvino, parle même de « fast fashion de seconde main ». Sur ce même modèle de surconsommation, l’entreprise lituanienne se soumet à l’emprise des marques d’ultra fast fashion, et leur donne même du crédit. À travers la revente perpétuelle de ces marques à très bas prix tel que Shein, Vinted incite ses utilisateurs à consommer leurs produits. « Vinted n’est que le reflet de ce que les gens consomment », estime la directrice durabilité de la start-up. Contrairement à d’autres applications d’achat revente comme Vestiaire Collective, la plateforme a choisi de ne pas bannir ces marques problématiques, et en ce sens, participe à leur constante expansion, et donc à une pollution massive.
Lila HECHAM
