« La cinémathérapie peut être extrêmement bénéfique »

Préparatrice mentale, autrice et psychologue à Nice, Virginie Lemaire de Bressy est une des pionnières de la cinémathérapie en France. Une approche originale qui conçoit le cinéma comme un élément clé dans le processus thérapeutique.

Virginie Lemaire de Bressy : « j’ai réalisé à quel point les films pouvaient influencer ma vie ! Je me suis dit que si cet art m’avait autant aidée, il pourrait être utile pour d’autres personnes. » Photo V.LB

Comment définissez-vous la cinémathérapie ?

« C’est un moyen de mieux comprendre l’impact du cinéma sur notre développement et, qui en même temps, étudie notre propre parcours à travers les récits et les personnages qu’on découvre sur grand écran. La cinémathérapie accompagne les personnes dans une réflexion profonde autour de cet art. »

Comment le cinéma est-il devenu pour vous un outil thérapeutique ?

« Je suis une passionnée de cinéma depuis toujours. Très tôt, j’ai réalisé à quel point les films pouvaient influencer ma vie, mes choix, et même mes valeurs ! Je me suis dit que si cet art m’avait autant aidée, il pourrait également être utile pour d’autres personnes. Ainsi, j’ai commencé à m’intéresser à l’effet que le cinéma pouvait avoir sur nous. Rapidement, j’ai intégré cet outil dans mes séances, car je voyais son potentiel thérapeutique ! »

Comment articulez-vous vos séances de cinémathérapie ?

« Ma méthode suit trois étapes clés : d’abord, le visionnage. On ne se contente pas de consommer des images, on les accompagne dans leur cheminement. Parfois, c’est moi qui choisis un film en lien avec une problématique précise que rencontre un patient…Des fois, c’est l’inverse ! Certains patients viennent me parler spontanément d’un film qui les a touchés, et nous travaillons à partir de ce récit. Vice versa, par exemple, revient très souvent dans mes séances. Un classique de la cinémathérapie, qui ne parle pas seulement aux enfants mais aussi beaucoup aux adultes : il introduit des émotions plus subtiles. En passant par des personnages et des histoires, on crée une distance émotionnelle. Ça peut être très utile pour parler de sujets délicats comme le harcèlement, le deuil, la colère, la violence, le handicap ou l’adoption… La cinémathérapie, c’est une co-construction, un dialogue constant entre les récits du cinéma et ceux de nos vies. »

En 2019, vous avez publié Cinémathérapie par les dessins animés (éd. Dangles). Qu’est-ce qui vous a motivée à rendre la cinémathérapie accessible à un plus large public ?

Aux États-Unis, cette approche est explorée depuis les années 1990, tandis qu’en France, les rares ouvrages sur le sujet s’adressent surtout aux cinéphiles avertis. La cinémathérapie fait doucement son chemin… Je ne peux pas encore parler d’une véritable expansion, mais elle gagne en visibilité et en reconnaissance, ce qui est déjà un bon début [rire] ! Avec ce livre, j’ai voulu rendre cet outil accessible en montrant que le cinéma, et surtout les dessins animés, peuvent aller bien au-delà du simple divertissement. Les dessins animés sont souvent la première banque d’images à laquelle les enfants sont exposés. Ils racontent souvent des histoires de vie et mettent en scène des personnages confrontés à des épreuves délicates, des choix et des solutions. Bien utilisés, les dessins animés peuvent devenir de véritables supports éducatifs et thérapeutiques !

La cinémathérapie peut-elle comporter des limites ou des risques, notamment de confondre les films avec la réalité ?

Seul devant un écran, un enfant peut avoir du mal à distinguer le réel du fictif. C’est là que le dialogue intervient. La présence parentale et des échanges ouverts sont essentiels, même chez les adolescents souvent perçus comme plus autonomes. Dans mon livre, je raconte l’histoire de deux filles en larmes devant une scène de Peter Pan, quand les parents disent au revoir à leurs enfants et les laissent seuls dans leur chambre. Bien que non dramatique, cette scène a ravivé une peur profonde de l’abandon qu’elles avaient déjà expérimenté de différentes manières. Ce qui semble anodin pour certains peut toucher profondément d’autres. Les films peuvent réveiller des douleurs inexprimées et difficilement contrôlables. C’est pourquoi, comme tout outil, la cinémathérapie peut être extrêmement bénéfique si elle est utilisée correctement. Mais si on ne s’en sert pas bien, ça peut se retourner contre nous [rire].

Recueilli par Eloïse DUCHESNAY & Suzie FICHOT
édité par S.F

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