En 2017, 42% de la population française estimait que le journalisme d’investigation était « très utile à la société pour dénoncer des scandales », selon Statista. Ces journalistes mènent avec la plus grande rigueur, une lutte acharnée contre les affaires dissimulées au public partout dans le monde, parfois au péril de leur vie.
26% des étudiants en journalisme souhaitent s’orienter vers l’investigation à la fin de leur cursus, selon la société de conseil Pluricité. Seulement 10% parviennent finalement à cette spécialisation, souvent ramenés à la réalité par les risques qu’ils encourent.
La journaliste d’investigation Sana Sbouai, sujette à de nombreuses pressions, raconte : « On a beau sortir des articles sourcés petit à petit, on a toujours peur d’être attaqués en justice. On est aussi menacés, pas que physiquement mais aussi par intimidation avec des vols de données. » À chaque révélation, elle s’expose à des représailles. « Dès le départ, on se demande toujours si l’enquête vaut le coup qu’une personne se fasse tuer ou aille en prison », confie-t-elle.
Son combat contre la corruption lui coûte la cyberattaque de son média Inkyfada en 2016, au moment où des documents sur l’affaire des Panama Papers commencent à être publiés. Les serveurs brûlent, emportant avec eux des centaines de preuves.
Les conséquences de révélations compromettantes peuvent être bien plus tragiques. En 2020, Rakesh Singh Nirbhik, journaliste indien ayant publié les preuves de détournements de fonds impliquant le chef de son village, est brûlé vif chez lui. À 37 ans, il succombe à ses blessures en déclarant: « C’est le prix à payer pour avoir révélé la vérité. »
Des organismes pour défendre la profession
S’attaquer à des affaires sensibles mettant en cause des personnes influentes impose d’être protégé. Grâce à leur aide, quelques institutions contribuent à la pérennité de l’investigation. L’International Consortium of investigative journalists permet à 290 journalistes d’obtenir un soutien financier et matériel. L’organisme à but non lucratif dispose d’avocats et d’un système de cotisations permettant « de pouvoir compter sur de l’argent ou des gilets par balles pour aller sur le terrain », rapporte Sana Sbouai, également membre de l’organisation.
À Organized Crime and Corruption Reporting Project, des journalistes du monde entier regroupent leurs informations afin de mener des enquêtes collaboratives. Les 47 médias présents ont permis de révéler des affaires de blanchiments d’argent, comme celle de la banque Credit Suisse qui hébergeait 18 000 comptes bancaires liés à des réseaux criminels. Ce groupement de sources rend plus complexes les intimidations pour diffamation.
Malgré cela, la répression contre les journalistes continue. Élise Lucet, journaliste d’investigation française, affirmait cette année consacrer 30% de son temps à vérifier que son travail « ne puisse pas être attaqué en justice. »
Manon VAGNER
