Fashion weeks, grandes maisons de haute couture, designers de renom… La deuxième plus
grande ville d’Italie est synonyme de mode. De la cathédrale au Quadrilatère de la mode,
visite d’un enjeu pour l’image mais aussi pour l’économie.

incontournable de Milan occupé par les plus grandes maisons de la mode. Photo A. D.
10 h. L’heure du luxe. À Milan, les magasins de la Galleria Vittorio Emanuele II s’apprêtent à lever
leurs rideaux. Les employés ajustent les sacs dans les vitrines, inspectent leurs tenues. Dans la
prestigieuse galerie, des touristes se prennent en photo sous les yeux de policiers municipaux. C’est
samedi, jour de forte affluence pour les boutiques de mode haut de gamme.
Ce sont les vigiles qui ouvrent la porte aux clients. « États-Unis, Chine, Arabie Saoudite, ils
viennent du monde entier », raconte l’agent de sécurité du magasin Gucci. L’intérieur est habillé de
couleurs claires, du plafond haut au sol en marbre. « Les clients doivent entrer dans un monde à
part », explique Blerina, vendeuse. « C’est un peu comme une maison », poursuit-elle avec un
sourire impeccable.
Paris, meilleure ennemie
L’employée de la marque Florentine marche entre les pièces lumineuses où trônent chaussures et
sacs Gucci. Pour la jeune femme, l’industrie du luxe est indissociable de la capitale lombarde.
« Tout tourne autour de la mode à Milan. » La cité du nord représentait en 2023 à elle-seule 20 %
du chiffre d’affaires de la mode italienne, plus de 100 milliards d’euros.
En face de Gucci, chez la marque parisienne Louis Vuitton, Federico attend les clients. « Entre
5 000 et 6 000 visiteurs entrent chaque jour dans le magasin et entre 200 et 400 achètent », estime
le responsable clientèle haut potentiel. La Galleria Vittorio Emanuele II, située juste à côté de la
cathédrale, est un passage très touristique. « Être ici, c’est la sécurité de prendre le plus de clients
possible », expose le salarié milanais. « La galerie, c’est comme les Champs-Élysées ! »
Paris. L’inévitable rivale de Milan. Deux capitales de la mode lorsqu’il s’agit de s’imaginer les
défilés de haute couture des plus grandes marques du monde. En 2020, il y avait près de 35 000 emplois à Paris dans la filière création, mode, design selon le Crocis, l’observatoire de l’économie
en Île-de-France. En 2018 à Milan, 91 000 salariés travaillaient dans la mode d’après la chambre de
commerce locale. Plus d’employés mais moins d’entreprises dans la métropole italienne. 13 000
structures contre près de 26 000 pour la ville lumière.
« Le plaisir des yeux«
« Il y a un charme qui n’existe pas à Paris », témoignent quatre touristes françaises. Elles admirent
les vitrines de la via Monte Napoleone, artère principale d’un autre grand lieu de la haute couture
milanaise : le Quadrilatère de la mode. Ce quartier d’une douzaine de rues regroupe plus de 120
boutiques de luxe.
« Venir à Milan sans regarder les vitrines ça ne sert à rien. » Le groupe d’amies s’émerveille
devant la « mise en scène » des vêtements et accessoires. « Des œuvres d’art ! » ; « Mais c’est
uniquement pour le plaisir des yeux ». Elles prévoient de faire du shopping au Corso Buenos Aires,
une grande rue dédiée au shopping beaucoup plus abordable. Pour les quatre Françaises, il n’y a pas
de doute, « Milan est LA capitale de la mode ».
Robier, vendeur chez le malletier Goyard dans la via Monte Napoleone, explique l’attractivité de
Milan par « sa géographie ». Une position plutôt centrale en Europe. « La ville est connectée avec
le monde entier. » Parmi ses deux aéroports, celui international de Milan Malpensa est le deuxième
plus fréquenté de la péninsule. La capitale de la Lombardie est également bien reliée au réseau TGV
des métropoles européennes. « C’est une grande ville mais petite en superficie », continue
l’employé cubain. Les magasins de vêtements sont concentrés dans quelques endroits, proches à
pied les uns des autres, du centre-ville milanais.
« La mode est le très beau chapeau de Milan«
Dans la deuxième plus grande ville d’Italie, la mode s’affiche partout. La nuit, les lettres Gucci
brillent sur le toit d’un immeuble de la place du Duomo. Sur un flanc de la cathédrale de Milan, en
restauration, un immense écran publicitaire est apposé. Une vidéo d’un parfum Dior et une autre de
la bijouterie Tiffany & Co y tournent en boucle.
L’influence de la mode à Milan est-elle une bonne chose ? « Bien sûr ! », répond Monia, habitante
de la périphérie milanaise. En plus de l’aspect économique, elle souligne la créativité et l’artisanat.
« Chaque année, la ville fait un pas de plus dans l’innovation. » L’industrie textile est constitutive
de l’identité de la capitale de la région la plus peuplée d’Italie. « La mode est le très beau chapeau
de Milan. »
Monia fait également remarquer « le contraste entre le luxe et la pauvreté ». Dans une rue du
Quadrilatère de la mode, un SDF fait la manche. Devant un magasin Emporio Armani.
Axel DUMOND
édité par Camille COMBRET
