Ces dix dernières années, le nombre de journaux papiers vendus n’a cessé de diminuer au profit des articles sur internet de plus en plus consultés. Pour optimiser leur site web et le travail des journalistes, les médias investissent dans des programmes informatiques comme Arc XP ou Sirius. Jay M’Bei, vice-président d’Arc XP est venu à Cannes présenter à de futurs journalistes cette transformation numérique.

« 90% des lecteurs lisent la presse en ligne, le web devient plus important que le journal papier », c’est le constat de Jay M’Bei, vice-président de la plateforme Arc XP, un logiciel développé en 2012 pour le quotidien Washington Post, sous l’impulsion du milliardaire Jeff Bezos. C’est un outil qui permet de coder le site Internet du quotidien américain, d’écrire et d’afficher les articles en continu. Un programme conçu pour les médias et personnalisé en fonction de leurs besoins, ce dont ne sont pas capables les logiciels comme WordPress ou Wix, utilisés principalement par les particuliers et les petites entreprises pour mettre leur site en ligne.
« Seulement 3 salariés ont été maintenus«
En France, les médias Le Parisien et Libération utilisent le système d’Arc XP. L’entreprise américaine estime aussi avoir « sauvé l’Express d’un gouffre financier ». Jusqu’en 2018, le média utilisait Ocari, le nom du logiciel qu’ils avaient développé eux-mêmes pour gérer leur site internet. Vingt-cinq salariés travaillaient dans ce département informatique. En passant à Arc XP, seulement trois salariés ont été maintenus pour continuer à travailler sur le développement du site Internet de la rédaction. Un changement qui a un coût non négligeable, « au moins 10 000 euros par mois, et parfois jusqu’à 150 000 », estime Jay M’Bei. Cette différence s’explique par une plateforme personnalisée pour chaque média.
D’autres outils concurrencent Arc XP. Le Monde utilise Sirius, sa propre plateforme développée en interne. L’Express a failli la choisir aux dépens d’Arc XP, mais ils auraient été le premier client externe du groupe, ce qui leur faisait « peur », confie Anna Sillard, directrice du département informatique du magazine hebdomadaire. Le progiciel Eidos est le troisième concurrent, mais pour l’Express, cet outil est vieillissant : « On s’est dit que l’on n’allait pas vers l’avenir et que le mieux c’était Arc XP. »
« Le digital first«
Le logiciel américain utilise l’intelligence artificielle pour faciliter le travail des journalistes qui sont « libérés et qui vont pouvoir se consacrer à des dossiers plus complexes d’investigations ou des documentaires », argumente Jay M’Bei. Le Parisien utilise l’IA pour rédiger les brèves d’actualités et les faits divers comme les accidents routiers : « même les journalistes, en début de carrière, se retrouvent à travailler sur de vrais dossiers, en assistant les journalistes expérimentés. Ils effectuent plus leur travail de journaliste que s’ils écrivaient des brèves », juge le vice-président d’Arc XP.
Les médias utilisent ces logiciels pour opérer une grande transformation numérique avec comme objectif le « digital first » et le « web to print ». Les journalistes écrivent d’abord un article pour le web avant de l’envoyer au service print chargé d’imprimer le journal papier.
Thierry MAÏZ
