À Cannes, « Aucun agent de la Ville ne sera remplacé par l’IA »

La ville de Cannes expérimente l’intelligence artificielle (IA) dans ses services municipaux. L’objectif est de réduire le temps consacré aux tâches chronophages. 2 500 agents seraient concernés. Régine Resbeut-Montanella est conseillère en charge des grands projets auprès du maire de Cannes, David Lisnard. Elle supervise le déploiement de l’intelligence artificielle (l’IA) générative dans les services municipaux de la commune.

Régine Resbeut-Montanella, à l’Hôtel de ville de Cannes, le 22 novembre 2024. © Emily Moritz

Ces IA seront-elles complémentaires ou substitutives au travail des agents municipaux ?

« Aucun de nos agents ne sera supprimé à cause de l’IA. La mairie de Cannes est très attachée à l’humain et à la relation avec ses usagers. L’IA est un outil au service des agents et de la performance municipale. L’objectif est de les décharger des tâches inintéressantes, pour qu’ils soient plus disponibles, plus efficaces et plus épanouis. Avec les IA, ils vont pouvoir faire plus de choses en moins de temps. »

Avec la mise en place de ce dispositif, aucun poste ne sera remplacé par les IA ?

« Non, à long terme, il y aura une transformation des métiers. Tous nos métiers évolueront, et de nouveaux métiers, notamment autour de la sécurisation des données, émergeront. Bien que certains postes disparaîtront, les agents municipaux ne disparaîtront pas. Ils seront amenés à évoluer vers d’autres fonctions. Il est important de faire la distinction entre la personne et son métier. »

Les intelligences artificielles sont des bombes environnementales. Comment souhaitez-vous concilier le développement de l’IA et la préservation de l’environnement ?

« Nous sommes très vigilants quant au choix de nos fournisseurs d’IA. Nos prestataires utilisent des solutions aussi frugales que possible, et nos IA consomment un minimum de tokens en privilégiant les Small Language Model (SML) plutôt que les Large Language Model (LLM). Une charte de bonnes pratiques est en cours d’élaboration pour nos agents. L’utilisation de ces outils sera strictement encadrée : la production de vidéos et de photos est très énergivore. Ainsi, pour les présentations, l’usage de générateurs d’images comme MidJourney sera proscrit. Pour une recherche simple, nous privilégierons les moteurs de recherche à ChatGPT, 50 fois plus énergivore. »

Allez-vous bannir l’utilisation de ChatGPT ?

« ChatGPT pourrait être intégré dans certaines de nos solutions, et nous n’excluons pas d’utiliser ChatGPT-4. Son usage sera toutefois encadré et limité. Si cet outil s’avère le plus adapté à nos besoins, nous l’utiliserons. »

Va-t-il y avoir un dispositif de formation des agents sur l’IA ?

« Chaque IA sera accompagnée d’une formation adaptée, car chaque problème a sa solution spécifique. Nos éditeurs ont déjà suivi des formations, et il est essentiel que les agents puissent prendre en main ces outils facilement. Nous avons demandé à nos fournisseurs de développer des solutions aussi simples que possible, pour que la technologie soit transparente et que l’on puisse interagir avec l’outil en langage naturel. Bien qu’une prise en main soit nécessaire, la formation ne portera pas sur le fonctionnement de l’IA générative ou sur ses performances techniques. Si l’outil est bien conçu, la technologie reste invisible, sinon, c’est que nous avons choisi le mauvais outil. »

Vous allez mettre en place une charte de l’utilisation de l’IA. Il y aura-t-il des clauses dans cette charte pour définir les limites d’interventions de l’IA par rapport aux décisions humaines ?

« Deux chartes seront mises en place : l’une pour les agents et l’autre pour les usagers. Aucun document généré par l’IA ne sera diffusé sans validation humaine préalable. La production de contenus par l’IA sans contrôle humain est strictement proscrite. Nous veillerons ainsi à rassurer les usagers quant à la fiabilité et à l’éthique de l’IA dans nos services. »

À Cannes, l’IA est aussi expérimentée avec les caméras de vidéosurveillance, mais pour l’instant seulement lors des grands évènements comme les NRJ Music Awards. Quel est l’objectif de ce dispositif ? Va-t-on tendre à une généralisation de ces caméras à l’année ?

« Il s’agit d’un dispositif dérogatoire dans le cadre de la loi JOP, promulguée pour les Jeux Olympiques de Paris, qui autorise l’utilisation de l’IA jusqu’au 31 mars 2025. Ce sujet fait l’objet d’un large débat en France, et nous cesserons cette utilisation à la date prévue. Ce dispositif est une aide précieuse pour les policiers municipaux, notamment lors de grands rassemblements, comme les 200 000 personnes présentes pendant le Festival de Cannes, où surveiller tous les écrans devient complexe. L’IA facilite la détection de mouvements de foule, de port d’armes, de regroupements et de véhicules à contresens. Il s’agit de vidéoprotection, et non de vidéosurveillance, pour permettre des interventions rapides des policiers. Ce dispositif ne concerne que 17 caméras autour du Palais des Festivals, sur un total de 956 caméras. »

Emily MORITZ
édité par Naïs MORANDEAU

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