Le secteur de la mode de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur revendique 60 000 emplois directs et indirects. De Marseille à Nice, la filière est en développement, avec des entreprises engagées pour l’environnement.

« C’est Marseille bébé ». Le modèle de t-shirt, inspiré de la célèbre phrase de rappeurs du cru, cartonne. Le vêtement blanc aux écritures bleues trône sur un cintre à l’entrée du magasin de Fil Rouge aux Terrasses du port, un grand centre commercial marseillais.
Ancrage local
La marque fabrique ses habits dans son usine de la Capelette, ancien quartier industriel de la cité phocéenne. « Nous c’est 100 % français, sauf certaines matières comme le coton, qui viennent essentiellement du bassin méditerranéen, du Portugal, de Grèce… », détaille Paul Manuel, responsable des boutiques Fil Rouge. L’entreprise, qui fête ses dix ans, propose pantalons, sweats, robes ou encore caleçons. « Des produits intemporels et de bonne qualité, aux prix très attractifs », continue le Varois.
Estelle repart avec un t-shirt floqué de la skyline de Marseille. Il coûte trente-sept euros. La Marseillaise découvre le magasin pour acheter le cadeau de Noël demandé par sa sœur. C’est plutôt le motif à la sauce phocéenne qui la séduite. « Je ne crois pas que ce soit pour la démarche écolo. »
Fil Rouge est la seule marque locale du centre commercial. « Il y a des gens qui ne s’attendent pas à trouver ici du made in France », constate Paul Manuel. La clientèle va des touristes étrangers aux habitués, de tout âge. « De seize à soixante-dix ans on s’habille pareil, c’est très Marseille », sourit le responsable.
Un syndicat régional du secteur
Le magasin met à l’honneur d’autres marques écoresponsables, comme Corail. L’entreprise, également située à Marseille, fabrique des chaussures à partir de déchets marins récoltés en mer par des pêcheurs ou sur les plages par des associations.
En 2018, la deuxième ville la plus peuplée de France totalisait 4 700 établissements dans le secteur de la mode. Soit 3 % du total des entreprises, contre 4 % à Paris. Inciter les industries textile à s’installer sous le soleil provençal est un des objectifs du syndicat régional des professionnels de la filière. Mode in Sud. C’est son nouveau nom depuis octobre dernier.
Environ 130 entreprises locales, dont Fil Rouge, sont membres. L’organisation souhaite créer un Comité stratégique régional de la filière mode, pour réunir les acteurs économiques et institutionnels. L’industrie textile pacaïenne revendique 60 000 emplois, directs et indirects.
« L’éthique ça compte beaucoup pour moi«
Mode in Sud travaille avec Fask. Cette association promeut la relocalisation et la réindustrialisation dans la région Paca. La première école de production de la région Paca a vu le jour en 2022 dans les quartiers nord de Marseille. Deux CAP dans la confection textile sont proposés à des jeunes entre quinze et dix-huit ans. En 2021, le collectif a publié un livre blanc sur la transition écologique de la filière mode en région Sud.
Fil Rouge est un exemple, parmi d’autres, de cette forte identité locale et respectueuse de l’environnement. « L’éthique ça compte beaucoup pour moi », témoigne Paul Manuel. Une fierté partagée par Inès. « J’ai postulé directement après le lycée professionnel. De base je ne connaissais pas du tout », raconte la vendeuse de 22 ans. « En plus, c’est Marseille ! »
Quand il s’agit de promouvoir la cité méditerranéenne, Fil Rouge va toujours droit au but. La marque a un partenariat depuis trois ans avec Puma, équipementier de l’OM. L’entreprise marseillaise fabrique notamment Africa, maillot spécial aux couleurs vives. A l’étage juste au-dessus du centre commercial, la boutique du club olympien n’a plus de maillots Africa. « Ils sont tous partis », s’excuse un employé.
Sacs de café recyclés
Fil Rouge tente de se faire connaître au-delà de Marseille. En octobre, la marque a ouvert une deuxième boutique à Nicetoile, galerie commerciale du centre-ville niçois. Dans la région Paca, la plupart des entreprises textiles avec une fibre écologique se situent dans les grandes villes : Marseille, Nice, Toulon.
La devise « écoresponsable et français » s’entend aussi chez Virginie Marquet. L’auto-entrepreneure dessine des sacs à main à son domicile de Roquebrune-Cap-Martin, petit village entre Monaco et Menton. Cette passionnée de mode a commencé en 2016. « Un peu avant 40 ans j’avais envie d’un travail qui ait plus de sens. » Virginie Marquet est directrice export pour un grand groupe de spiritueux, en télétravail. Elle a choisi le circuit court et l’upcycling.
Les matières premières sont locales et recyclées. L’Azuréenne utilise les toiles de jute, « une belle matière à travailler », des sacs de café Malongo. La marque française de torréfaction a une usine à Carros, au nord de Nice. Virginie Marquet récupère aussi auprès d’une association des rouleaux de tissus invendus et des chutes de cuir. « Il n’y a que les boutons et les zips qui sont achetés dans le commerce normal. »
« Est-ce que je relance une production ?«
Les points de mise en vente sont multiples. Site internet, vendeurs à domicile, dépôts de vente. « Ce qui fonctionne le plus, c’est le bouche-à-oreille. » Les sacs sont vendus entre 60 et 80 euros. Ils sont confectionnés à l’Esat (Établissement et service d’accompagnement par le travail) de Cantaron, dans l’arrière-pays niçois. Les Esat, réservés à des personnes handicapées, proposent notamment des activités professionnelles. « Je voulais aussi être éco-sociétale », explique Virginie Marquet.
Sa « quête de sens » se heurte au manque de rentabilité de son commerce, en plein déstockage. « La grande question : est-ce que je relance une production ? ». « Les consommateurs veulent de l’écologique mais ils ne sont toujours pas prêts à payer le prix », regrette l’auto-entrepreneure. « Il y a un blocage dans les mentalités. » Elle ne se fait pas d’illusions. « Mon objectif était peut-être d’en vivre un jour mais ça ne marche pas. » L’aventure Maya Sac pourrait bien s’arrêter là.
Se diversifier apparaît parfois comme une solution. À Nice, ICI concept store mélange salon de thé et boutique écoresponsable. Épicerie fine, décorations ou encore cosmétiques sont proposés en plus de bijoux, accessoires de mode et vêtements. « Les produits textiles sont essentiellement moyen-haut de gamme et écoresponsables », indique Lucas Grégoire, dirigeant associé. Plus de la moitié des pièces viennent de créateurs locaux.
« Nous avons une clientèle de quartier et développons de plus en plus le côté touristique. Notre cible est plutôt une femme, CSP +, voulant découvrir des produits originaux et uniques », ajoute l’associé. Toucher de nouveaux publics, une clé pour faire prospérer l’industrie de la mode écoresponsable à l’ombre des pins parasols du Sud-Est.
Axel DUMOND
édité par Suzie FICHOT
