“Dubai Unlocked”, une enquête internationale sur le paradis fiscal de Dubaï

Après avoir collaboré pendant plusieurs mois, plus de 70 médias ont révélé, en mai 2024, leur investigation sur le blanchiment d’argent dans l’immobilier, par des criminels et des oligarques, à Dubaï.

Une page web du consortium OCCRP présente l’enquête « Dubai Unlocked » de façon interactive, avec plusieurs infographies. Photo Capture d’écran du site OCCRP.

La collaboration de 74 médias durant six mois d’investigation, c’est ce qu’il a fallu pour que l’affaire « Dubai Unlocked » voie le jour. Lancée par un consortium de journalistes en 2023 et publiée en mai 2024, l’enquête révèle des informations sur la manière dont Dubaï est devenue un refuge financier et juridique pour des individus fortunés et souvent impliqués dans des affaires de corruption, de criminalité ou d’évasion fiscale. Parmi eux : un trafiquant de drogue condamné en France, un Pakistanais baron de la drogue accusé de blanchiment, ou encore un proche du dictateur biélorusse Loukachenko sous sanctions.

« Dubaï prône une image de la ville parfaite alors qu’elle abrite des criminels »

En enquêtant, les journalistes ont découvert que ces individus profitaient notamment de l’absence de transparence et de la réglementation laxiste de Dubaï pour protéger leurs investissements financiers et échapper à des poursuites judiciaires. L’enquête a surtout permis aux médias de connaître l’identité de ces propriétaires et des occupants de centaines de milliers de propriétés situées dans l’émirat. 

« On a eu des milliers d’informations sur des appartements, des propriétés à Dubaï, dans des zones dites offshores. Le problème, c’est que ces zones sont des endroits où les gens ne payent pas d’impôts. Dubaï prône une image de la ville parfaite alors qu’elle abrite des criminels », déclare Sana Sbouai, journaliste d’investigation qui a travaillé sur l’affaire. Elle est également rédactrice en chef – spécialisée dans la région du Maghreb – pour le consortium Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP). 

Sana Sbouai, journaliste d’investigation et rédactrice en chef pour le consortium OCCRP. Photo T.B.

« Face à la montagne de données, on ne peut pas être seul » 

L’OCCRP, accompagné du média financier norvégien E24, a coordonné le projet « Dubai Unlocked ». Toutes les données de l’affaire ont d’abord été recueillies par le Center for Advanced Defense Studies (C4ADS), une organisation qui mène des recherches sur la criminalité. Celle-ci a ensuite partagé les informations avec le média E24 et l’OCCRP, qui se sont chargés de créer le consortium avec des journalistes de 72 autres médias, répartis dans 58 pays. « Les consortiums sont importants dans ce type d’affaires car face à la montagne de données, on ne peut pas être seul. On divise le travail en fonction des territoires que l’on connaît », détaille Sana Sbouai. 

Lors d’une conférence à l’École de journalisme de Cannes, le vendredi 25 octobre 2024, la journaliste d’investigation est revenue sur la manière dont l’OCCRP a décidé de retranscrire cette enquête : « Il y avait beaucoup trop d’informations pour que ce soit seulement sous la forme d’un texte. Sur le site, il y a des outils interactifs qui permettent aux lecteurs de mieux comprendre, de façon plus ludique. On veut vraiment que les gens prennent d’assaut ces thématiques-là, un peu obscures mais très importantes. »

Tiphaine BERNARD

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