Intermittents : « C’est rare de tomber sur quelqu’un qui connaît vraiment bien le système » à France Travail

Face à un régime d’indemnisation compliqué, rares sont les intermittents capables de comprendre les calculs derrière les indemnités qu’ils perçoivent. Si France Travail assure faire de son mieux pour améliorer la prise en charge des acteurs culturels, conseillers et intermittents restent dubitatifs.

Photo d’illustration CC.

Tout régime d’indemnisation particulier s’accompagne de son lot de démarches administratives angoissantes. Mais les intermittents ont sans doute la palme du casse-tête. Pour connaître leur montant d’allocation journalière, ils doivent faire une multiplication sans dépasser un certain seuil, puis additionner avant de tout diviser… par 5000. Et ça y le cerveau surchauffe !

Pour éviter de perdre la tête, France Travail, développe sa communication auprès des acteurs culturels. Florian Truffier, membre de la direction de France Travail services, chargé de l’indemnisation des intermittents, explique : « On avait conscience des carences en communication, alors on a développé des flyers en ligne pour retranscrire toute la réglementation en langage naturel […] et nous nous sommes lancés sur les réseaux sociaux avec un groupe Facebook comptabilisant 10 000 membres. »

Selon les nombreux témoignages que nous avons obtenus, cela ne semble pas suffire. La galère administrative paraît être le lot quotidien de nombreux intermittents.

Un manque de formation

Le problème majeur pointé du doigt par les intermittents du spectacle est le manque de formation des conseillers France Travail. Elise V.* est comédienne à son compte depuis deux ans. Auparavant, elle était sous le régime de l’intermittence. Elle regrette le manque de professionnalisme des conseillers France Travail. « C’est rare de tomber sur quelqu’un qui connaît vraiment bien le système », dénonce-t-elle.

Elle se remémore notamment un échange avec un conseiller soulignant l’incompréhension vis-à-vis de leur situation. « Il ne comprenait pas que je ne travaillais pas en juillet parque qu’en tant que comédienne, j’aurais dû participer au Festival d’Avignon ! s’indigne Elise. Comme si jouer là-bas était une évidence, alors que ça coûtait une fortune. » Entre la location d’une salle et les frais annexes, se représenter au Festival d’Avignon coûte entre 20 000 et 30 000 euros, selon le journal Les Echos.

Françoise A.*, percussionniste depuis plus de 30 ans, ressent aussi ce mépris. Le régime de l’intermittence permet aux artistes et aux techniciens d’être indemnisés entre leurs activités. « On sent, dans leur ton, et leur façon de nous traiter, que l’on est vus comme des chômeurs privilégiés, et ça peut donner lieu à des échanges désagréables », regrette-t-elle. Elle admet qu’il est difficile de tomber sur des conseillers formés à l’intermittence, mais en revanche est très satisfaite lorsque c’est le cas.

Au-delà des échanges téléphoniques, Irène F.*, conseillère à l’emploi chez France Travail, exprime une frustration face au manque d’information. Elle aimerait « plus de transparence et d’accès à l’information » de la part de France Travail. « Je n’ai jamais été formée ni habilitée à comprendre clairement l’indemnisation, malgré mes demandes et mes propres recherches d’élargissement de compétences », détaille la conseillère.

La débrouille des intermittents

Face à ces carences, les intermittents trouvent des solutions alternatives. « Entre artistes, le bouche-à-oreille fonctionne très bien », livre Corinne. Les syndicats jouent également un rôle clé dans l’accompagnement des artistes et techniciens : « Je suis très bien renseigné par le SNAM CGT et ça m’évite de batailler avec France Travail », évoque Françoise.

Pour y voir plus clair dans leur « paperasse » administrative, un ancien conseiller France Travail spectacle se mobilise. Yann Gaudin a commencé à signaler des manquements à certaines indemnités, notamment du côté des intermittents du spectacle. Après plusieurs désaccords avec l’agence gouvernementale, il finit par être licencié. Depuis, il a créé l’association La Bonne étoile pour venir en aide à ceux qui sont confrontés à des dysfonctionnements ou à des litiges avec France Travail. 600 cas ont été recensés par Yann Gaudin, qui a relaté les données récoltées sur X. 73 % disent avoir affaire à des conseillers qui ne s’appuient sur aucun texte juridique et 65% affirment avoir reçu des informations erronées de la part de France Travail.

Une situation fréquemment observée par Yann Gaudin est l’oubli des aides de fin de droit. Lorsqu’un intermittent du spectacle indemnisable ne renouvelle pas sa demande d’allocation, il est sujet à une aide de 300 euros. Toutefois, « l’aide est peu communiquée, et rare sont les personnes qui reçoivent cet argent. C’est une petite aide, mais qui est toujours appréciée », constate le Rennais.

Lili-Jeanne BLUTEAU, Haron LEVEAU & Alexandre NOISETTE
édité par Victor DELFOUILLOUX

* Les noms ont été modifiés pour conserver l’anonymat des personnes interviewées.

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