L’alternance : une aubaine pour les jeunes sur la Côte d’Azur ?

En 2022, ils sont environ 10 000 à avoir signé un contrat d’alternance en apprentissage dans les Alpes-Maritimes, et 800 000 en France. Si ces chiffres du gouvernement ne vous évoquent probablement pas grand-chose, ils représentent des jeunes qui ont choisi un parcours spécial, qui conjugue le monde du travail aux études supérieures.

Dans la région PACA, le nombre d’apprentis continue d’augmenter en 2023, mais par rapport à 2022, le rythme de progression est divisé par trois, selon le DREETS de la Région. Photo Freepik

Ces jeunes, nous sommes allés les rencontrer pour comprendre leurs motivations, peurs ou visions du futur concernant ce parcours. Notons que dans cet article, nous traiterons uniquement de l’alternance en contrat d’apprentissage, qui nous semblait plus adaptée à la tranche d’âge suivie (18-25 ans), et aux profils interviewés.

Un parcours prometteur

À l’origine, le contrat d’apprentissage a été établi en France le 10 mars 1937, lorsque le gouvernement vote la loi dite « Walter et Paulin ». Après la Seconde Guerre mondiale, l’apprentissage se développe fortement, avec l’essor des industries techniques et artisanales. Cependant, il connaît une baisse dans les années 1970, notamment en raison de la montée en popularité des formations scolaires classiques.

Le nombre de contrats diminue jusqu’en 1984, avant de repartir à la hausse grâce à des incitations pour les employeurs et une volonté politique de valoriser l’apprentissage. Depuis les années 2000, plusieurs réformes ont dynamisé l’apprentissage. La loi « Avenir professionnel » de 2018 a particulièrement marqué un tournant, en élargissant les aides et en simplifiant les démarches administratives. En 2022, le nombre de contrats a atteint un record avec plus de 800 000 signatures.

Un parcours qui séduit de plus en plus donc, mais pourquoi ? Candice, 23 ans, en Master développement industriel et en alternance au sein de l’entreprise Thalès Défense Mission à Sophia Antipolis, explique : « J’ai toujours été une élève ayant des difficultés de concentration en cours, et l’alternance m’offre la possibilité de varier les environnements d’apprentissage. En alliant théorie et pratique, je peux mieux m’engager dans mes études tout en acquérant une expérience professionnelle, ce qui me motive davantage. Le travail en entreprise me donne un cadre plus dynamique et stimulant, loin de la routine des cours théoriques. »

Elle ajoute : « Le fait d’être en alternance me permet d’acquérir une expérience professionnelle et je pense que grâce à ça, mon insertion sur le marché du travail sera facilitée. » Les diplômés en alternance ont souvent un taux d’emploi supérieur. Par exemple, près de 88 % des alternants étaient en emploi durable dans les trois ans suivant l’obtention de leur diplôme en 2022, contre environ 75 % pour les étudiants ayant suivi un parcours classique, selon le ministère du Travail et de l’Emploi.

Les alternants occupent également plus fréquemment des postes en adéquation avec leur formation et à responsabilités, selon le Centre d’études et de recherche sur les qualifications (Céreq). Ces emplois sont généralement mieux rémunérés et plus stables, avec des CDI ou des contrats à long terme. Un constat que partage Candice : « Je pense que le système d’alternance est une bonne idée, cela permet de se rendre compte des différents métiers que l’on peut atteindre avec notre formation, et de savoir quel genre de métier nous plairait et correspondrait à notre profil. »

La réalité de l’alternance sur la Côte d’Azur

En France métropolitaine, le nombre de contrats signés entre 2021 et 2022 a augmenté de 16 %, mais dans les Alpes-Maritimes particulièrement, les jeunes se dirigent de plus en plus vers ce parcours : 21 % de contrats signés de plus en une seule année, selon la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) des Alpes-Maritimes.

Pourtant, la tâche de trouver une entreprise pour exercer son alternance est réputée pour être difficile, la Côte d’Azur ne déroge pas à la règle. Lara (dont le prénom a été modifié), 21 ans, en Bachelor de marketing digital et social media à Nice et en alternance dans l’entreprise E-dipsamatic, témoigne : « Cela m’a pris deux mois pour trouver cette alternance, et je l’ai trouvée sur LinkedIn. » Malgré les aides proposées par leurs écoles respectives, les deux alternantes interrogées ont décidé de ne pas les solliciter.

Une fois embauchés, Les alternants suivent un rythme qui peut parfois être « dur à gérer », témoigne Candice, qui alterne chaque semaine entre travail en entreprise et études. Certaines fois, la fréquence est plus effrénée, comme pour Lara, qui enchaîne dans la même semaine « deux jours de cours, puis trois jours d’entreprise ».

Cette dernière ne considère d’ailleurs pas être assez payée pour son travail, mais elle nuance : « Avec l’acquisition d’une expérience de six mois en plus, je peux avoir des commissions. » Un constat partagé par Candice, qui se réjouit du concept de « primes d’activités« . Ce dernier, qui remplace le « RSA activité » et la « prime pour l’emploi », n’est éligible que si le revenu mensuel net du demandeur est supérieur à 1 104,25 €.

Un futur incertain

Malgré des dispositifs encourageant les jeunes opter pour l’alternance, il semblerait que depuis 2022 et son record de contrats signés, la « croissance de l’apprentissage se tempère nettement » en 2023, selon un rapport de la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d’Azur. Celui-ci estime qu’en 2023, le nombre d’apprentis « décélère fortement », après avoir connu une croissance sans précédent entre 2019 et 2022.

Ce ralentissement peut s’expliquer par plusieurs aides de l’état mises en place avant 2022 qui sont petit à petit réduites ou simplement retirées.

En 2019, certaines primes, autrefois cumulables, ont été supprimées ou fusionnées dans l’aide unique à l’apprentissage (AUA). Cela a parfois conduit à une diminution nette des sommes versées aux employeurs, notamment pour les grandes entreprises.

En 2020, dans le cadre du plan de relance lié à la crise de la COVID-19 « 1 jeune, 1 solution », une aide exceptionnelle de 5 000 € (pour un apprenti mineur) ou 8 000 € (pour un apprenti majeur) avait été introduite pour toutes les entreprises, indépendamment de leur taille, pour les contrats signés entre juillet 2020 et fin 2022. De ce fait, ces primes n’ont pas été reconduites en 2023, créant un décalage financier pour les entreprises qui comptaient sur ce soutien temporaire.

Pour garantir une utilisation « efficace » des fonds publics, l’État a introduit de nouvelles conditions pour l’accès aux aides à l’apprentissage et à la professionnalisation début 2023. Les entreprises doivent désormais justifier d’un objectif d’emploi durable pour les apprentis. Par exemple, elles peuvent être tenues de démontrer un taux d’embauche élevé à l’issue des contrats d’alternance, ou de respecter un quota d’apprentis dans leur effectif global, pour bénéficier de certaines aides.

De plus, l’État a orienté certaines aides vers des secteurs stratégiques ou en tension début 2024, ce qui a entraîné la diminution des financements pour des formations jugées moins prioritaires. Les métiers du numérique, du bâtiment, de la transition écologique, ou encore des soins à la personne sont davantage soutenus, tandis que les autres secteurs ont vu leur niveau d’aide baisser. Les niveaux de prise en charge des formations ont aussi été ajustés, avec une baisse plus marquée pour les formations longues ou générales, comme celle de Candice, qui ne correspondent pas à des besoins directs du marché de l’emploi.

Certaines petites ou moyennes entreprises (PME) comme celle dans laquelle Lara, ont, elles, indiqué qu’elles embauchent moins d’alternants, en raison de la baisse ou de la complexité accrue pour bénéficier des aides.

Pourtant, l’alternance en apprentissage contribuait à 30 % des créations d’emplois dans la région PACA en 2022. Ce parcours y contribue désormais à moins de 20 % (en 2023). La diminution n’est néanmoins pas notable au niveau national.

La part des femmes (44% en 2022) dans les alternances, elle, augmente, mais reste très inégale entre les secteurs. Par exemple, elles sont 86 % à travailler dans la région dans le secteur des services, contre 65 % chez les hommes, mais sont quasi absentes dans la construction (3 % chez les femmes, contre 20 % chez les hommes).

Candice et Lara ont des suggestions pour améliorer ce parcours : « Il faudrait instaurer un meilleur suivi entre l’école et l’entreprise, avec l’organisation de points réguliers tous les trois mois par exemple », explique Lara. Candice, elle, aurait aimé être « informée [sur l’alternance] dès le début du lycée, via un coaching personnalisé par exemple ».

Victor POMMATAU

Laisser un commentaire