Le trail, un sport d’amoureux de la nature qui s’efforce de la préserver

Alors que le trail séduit de plus en plus de sportifs, ce sport en pleine nature soulève d’importantes questions environnementales. Réunir les passionnés tout en préservant les écosystèmes est un défi de taille. Entre la gestion des déchets, l’impact sur les sentiers et les déplacements des participants, concilier performance sportive et respect de l’environnement reste un équilibre délicat à trouver.

En France, le nombre de traileur s’élève à plus d’un million en 2024. Photo DR

Initialement, le trail se veut une immersion totale dans la nature. Mais comme le rappelle Nicolas Lagrange, responsable de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) de l’UTMB, cet amour pour l’environnement est presque logique pour ces pratiquants : « Il faut d’abord rappeler que c’est un sport pratiqué et organiser par des amoureux de la nature ». Souvent perçu comme un des sports, voire le sport le moins polluant, le trail n’est pas exclu de tout reproche concernant son empreinte environnementale. Et cet aspect, la direction de l’UTMB l’a compris très tôt : « Depuis 2003, nous avons mis en place des actions pour limiter notre empreinte, comme l’interdiction des gobelets plastiques et une sensibilisation des coureurs”, rappelle fièrement Nicolas Lagrange. Pourtant, les grands événements comme l’UTMB Mont-Blanc restent très polluant pour un sport qui ne nécessite que très peu de matériel. Le bilan carbone de l’édition de l’UTMB en 2019 était de 11 000 tonnes de CO2. À titre comparatif, cela correspond à 11 000 aller-retours entre Paris et New York, soit plus de 55 000 passagers sur ce trajet. Ce chiffre qui peut paraître impressionnant, s’explique par 80 % des émissions de CO2 liés aux déplacements, le transport des participants et de leurs accompagnateurs est devenu le principal défi écologique.

Des sentiers fragilisés

Les émissions de CO2 ne sont pas les seuls impacts des compétitions de trail sur la nature. La beauté des sentiers attire les traileurs, mais les passages répétés peuvent les dégrader, notamment par mauvais temps. Aline Coquard, traileuse, évoque les conséquences observées : « Sur la Sainté-Lyon, les chemins sont devenus un champ de boue. C’était impraticable pour les promeneurs après la course ». Cependant, les organisateurs l’affirment clairement : « Dans des conditions normales, les chemins ne subissent quasiment aucune modification ». À l’UTMB, des bénévoles rebaptisés ambassadeurs de l’environnement parcourent les sentiers avant et après les courses pour les nettoyer et évaluer les dégâts. Des restrictions, comme l’interdiction
des bâtons sur certains tronçons sensibles sont aussi appliqués.

Une gestion des déchets primordiale

Si la question des déchets reste problématique, des efforts significatifs ont été réalisés. Marion Flament, traileuse française expérimentée, note une évolution notable : « Il y a moins de papiers par terre qu’avant (NDLR : ses débuts en 2013). Maintenant, on nous donne un sac-poubelle pour nos déchets, et les ravitaillements n’ont plus de gobelets en plastique, on doit amener notre propre récipient et c’est mieux comme ça. » Certaines courses comme l’UTMB vont plus loin : « L’eau est distribuée à partir de citernes, et des boissons sont fabriquées sur place pour éviter les bouteilles jetables », rappelle Xavier Nallet, finisher de l’UTMB du Mont-Blanc en 2021. Il faut également rappeler que les efforts sont nombreux et divers. « Sur tous les éléments que l’on peut maîtriser, on fait des efforts. Ça va même jusqu’à la matière des t-shirts offerts », explique la direction de l’UTMB via Nicolas Lagrange. Ces petits goodies offerts aux participants ont évolué également. « Avant on nous donnait quelque chose systématiquement pour notre inscription à une course, mais maintenant, on a le choix et c’est bien parce qu’on ne s’en sert pas tout le temps », se réjouit Xavier Nallet.

Le transport : le talon d’Achille du trail

Le déplacement des coureurs est le principal facteur d’empreinte carbone. Entre les voyages en avion pour des courses internationales et les accompagnateurs qui suivent les traileurs, l’impact est colossal. « Les traileurs aiment la nature, mais ils ne réfléchissent pas toujours à leur impact. Prendre l’avion pour une course, c’est
incohérent », s’indigne Aline Coquard pour qui la prise en compte de la question environnemental dans son sport est une priorité. Des initiatives émergent pour réduire cet impact. Certaines organisations, comme le Marathon du Mont-Blanc, récompensent les participants utilisant les transports en commun. Le covoiturage est également encouragé, via des plateformes dédiées. Par ailleurs, c’est le projet de l’organisation de l’UTMB qui souhaite travailler sur des solutions plus vertes pour se rendre sur le site de la compétition. Au total, cet événement à Chamonix rassemble environ 100 000 personnes de toute la planète.

« Pour un trail durable, il faut qu’il soit local »

Le trail se démocratise énormément et le nombre de participants ne cesse d’augmenter. La solution pour que ce sport soit durable serait de le démocratiser à l’échelle locale. « Personnellement, je pense que pour un trail durable, il faut qu’il soit local. Il y a assez de trails en France pour éviter de prendre l’avion. Je participe uniquement à des courses locales et c’est tout aussi bien », déclare Marion Flament. Les petits événements, avec des participants moins nombreux et une logistique simplifiée, ont souvent une empreinte écologique moindre. Pour autant, le plaisir est au rendez-vous et la compétitivité également. Le chemin vers un trail écologique à 100% est encore long, mais chaque initiative, qu’elle soit individuelle ou collective, rapproche les amoureux de la nature de cet objectif.

Baptiste CHARDELIN
Édité par E.C

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