Créés en 1919, les studios de la Victorine, implantés à Nice, sont marqués par une alternance de gloire et de déclin. Les nouveaux investisseurs souhaitent relancer l’attractivité internationale du studio en répondant aux nouvelles exigences techniques de l’industrie cinématographique.

En 1919, deux producteurs, Louis Nalpas et Serge Sandberg s’associent et rachètent un terrain de sept hectares qui deviendra “Les studios de la Victorine”. Dès le début, des films ambitieux comme La Roue d’Abel Gance, sorti en 1923, marquent le public. Ce succès ne durera pas, quelques années passent et les studios croulent déjà sous les dettes. Une production hollywoodienne, Mare Nostrum de Rex Ingram en 1926, donnera une seconde chance aux studios et marquera l’influence américaine à la Victorine.
Une fois la situation financière stabilisée, une douzaine de films sont tournés dans les années 30, mais aucun ne marque l’histoire du cinéma. C’est lors de la Seconde Guerre mondiale que les studios vont reprendre de la vigueur. Lorsque Nice était en zone libre sous occupation italienne, une coopération est née avec des producteurs italiens pour créer un chef-d’œuvre du cinéma français : Les Enfants du Paradis de Marcel Carné qui, dès sa sortie en 1945, connaît un vrai succès populaire. La période d’après-guerre qui suit est alors prospère pour les studios. Dans les années 1950, des promoteurs immobiliers tentent de racheter le site. La ville de Nice intervient en 1960 et en devient propriétaire afin de poursuivre la production cinématographique sur place. Cela a permis à des réalisateurs de renom comme Alfred Hitchcock d’utiliser les studios pour réaliser des films marquants comme La Main au Collet, sorti en 1955, ou encore Mon Oncle de Jacques Tati, qui décrochera en 1959 l’Oscar du meilleur film étranger.
La période d’après-guerre qui suit est alors prospère pour les studios
Quelques années plus tard, la situation se dégrade. Les années 70 sont laborieuses. Malgré certains tournages prestigieux comme La nuit américaine de François Truffaut en 1972, les studios restent quasiment déserts. Certains tentent de relancer les studios, notamment Michael Douglas qui a permis à de grands films de voir le jour comme Le diamant du Nil de Lewis Teague en 1985, ou encore Under the Cherry Moon de Prince en 1986. Malgré ces efforts, il n’arrivera pas à maintenir les studios attractifs avant les années 90.
Il faudra alors être patient et attendre les années 2000, ou la Victorine sera rachetée par Euro Media Group et connaîtra un renouveau avec des productions modernes, y compris des blockbusters et des séries. En 2017, la ville de Nice reprend la gestion du site et tente de le revitaliser.

Équiper les plateaux de technologies de pointe
En septembre 2024, Colors, une filiale de l’entreprise Digital District spécialisée dans les effets spéciaux et la 3D, signe un contrat de 35 ans. “Nous avons la gestion des studios depuis quatre mois seulement, mais nous essayons d’être représentés dans tous les salons et divers rassemblements en France, en Europe et dans le monde pour promouvoir notre studio et son avenir”, affirme Jean-François Castelli, le responsable d’exploitation des studios. Au total, c’est 37 millions d’euros qui seront investis sur six ans. Cet argent servira à rénover et construire de nouvelles enceintes au sein des studios, de former aux métiers du cinéma et d’équiper les plateaux de technologies de pointe. “On a pour projet de développer un water tank qui permettrait de faire des tournages sous-marins, couplé avec un mur LED
intégré, avec lequel on peut faire n’importe quelles images de synthèse”, assure le responsable d’exploitation. Le groupe souhaite aussi rester attentif aux nouveautés que propose l’intelligence artificielle qui pourrait être extrêmement utile.
Une question émerge : certains métiers du cinéma risquent-ils de disparaître face à ces évolutions ? D’après le responsable d’exploitation, malgré les avancées technologiques, certaines professions resteront indispensables et ne pourront être remplacées instantanément.

pas.” Maurice Borghesi, 79 ans, tapissier et garnisseur dans son atelier implanté aux
Studios de la Victorine Photo: M.D.
“J’ai créé l’holster du revolver de Belmondo dans Flic ou Voyou”
Maurice Borghesi exerce avec passion l’un de ces métiers. Depuis 1972, il est tapissier et travaille toujours aussi rigoureusement : “Tous les décors qu’on me demande de faire, je les exécute : train, avion, bateau, spoutnik ou montgolfière… C’est assez complet et complexe comme métier.” Sa profession, il la maîtrise à la perfection. Humble, il confiera quand même quelques-unes de ces créations : “J’ai créé l’holster du revolver de Belmondo dans Flic ou Voyou. Il venait faire les essais, les dimensions. C’était un homme merveilleux.”

Son ami, Didier Brulé, chef cascadeur, porte bien son nom. Il exerce aussi un métier qui, d’après lui, ne risque pas d’être remplacé. Intrépide, ce retraité a travaillé 45 ans pour Rémy Julienne, au sein des studios : “On me demandait une cascade en voiture. J’allais l’acheter, la préparer, je comprenais comment elle marchait, puis je la cassais.” Il avouera tout de même s’être cassé lui-même “des p’tites jambes et des p’tits bras” sur plus de 300 films auxquels il a participé. Didier Brulé ne craint pas pour le futur de son métier, mais il constate qu’il a bien changé. “Il y aura toujours des cascadeurs, mais maintenant le travail est différent. Avant, on faisait comme on pouvait, à présent, il faut tout préparer, la sécurité, les avocats. Si un gars se fait une égratignure, c’est la fin. C’est devenu aberrant.”
Un changement profond dans la manière de travailler que la plupart des anciens constatent. Malgré tout, l’optimisme reste intact. Jean-François Castelli en est sûr : “La Victorine a plus de 100 ans, elle existera toujours. Même si tu utilises de l’intelligence artificielle ou des murs LED, il faudra toujours un endroit pour se poser, pour mettre des gens, des costumes, se restaurer. Et puis ces studios restent implantés dans la plus belle région du monde !” Une fierté que partage Manon Mascot, étudiante en cinéma à Studio M : “Faire ses études dans un lieu aussi emblématique que la Victorine, c’est très inspirant, ça donne envie de rêver grand.”
Marilou DURANDO
